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Tome quatrième.
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C20 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.

doctrine qu'il contient, c’est-à-dire sur l’auteur de cette doctrine.Quand on brûle un livre, que fait là le bourreau? Déshonore-t-illes feuillets du livre? Qui jamais ouit dire qu’un livre eût de l’hon-neur?

Voilà l’erreur; en voici la source : un usage mal entendu.

On écrit beaucoup de livres: on en écrit peu avec un désir sin-cère d’aller au bien. De cent ouvrages qui paroissent, soixante aumoins ont pour objet des motifs d’intérêt ou d’ambition ; trenteautres, dictés par l’esprit de parti, par la haine, vont, à la faveurde l’anonyme, porter dans le public le poison de la calomnieet de la satire. Dix peut-être, et c’est beaucoup, sont écrits dansde bonnes vues : on y dit la vérité qu’on sait, on y cherche lebien qu’on aime. Oui; mais où est l’homme à qui l’on pardonnela vérité ? Il faut donc.se cacher pour la dire. Pour être utileimpunément, on lâche son livre dans le public, et l’on fait le plon-geon.

De ces divers livres, quelques uns des mauvais, et à peu prèstous les bons, sont dénoncés et proscrits dans les tribunaux : laraison de cela se voit sans que je la dise. Ce n’est, au surplus,qu’une simple formalité, pour ne pas paroître approuver tacite-ment ces livres. Du reste, pourvu que les noms des auteurs n’ysoient pas, ces auteurs, quoique tout le monde les connoisse et lesnomme, ne sont pas connus du magistrat. Plusieurs même sontdans l’usage d’avouer ces livres pour s’en faire honneur, et de lesrenier pour se mettre à couvert ; le même homme sera 1 auteur oune le sera pas devant le même homme, selon qu’ils seront à l’au-dience ou dans un souper. C’est alternativement oui ou non, sansdifficulté, sans scrupule. De cette façon la sûreté ne coûte rienà la vanité. C’est là la prudence et l’habileté que l’auteur des Let-tres me reproche de n’avoir pas eue, et qui pourtant n’exige pas,ce me semble, que, pour l’avoir, on se mette en grands frais d’es-prit.

Cette manière de procéder contre des livres anonymes, donton ne veut pas connoître les auteurs, est devenue un usage judi-ciaire. Quand on veut sévir contre le livre, on le brûle, parcequ’iln’y a personne à entendre, et qu’on voit bien que l’auteur qui secache n est pas d’humeur à l’avouer ; sauf à rire le soir avec lui-même ces informations qu’on vient d’ordonner le matin contrelui. Tel est l’usage.

Mais lorsqu’un auteur maladroit, c’est-à-dire un auteur qui