628 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.
France, en Angleterre, en Allemagne, même en Italie, on meplaint, on m’aime, on voudrait m’accueillir, et qu’il n’y a partoutqu’un cri d’indignation contre le conseil de Genève. Voilà ce queje sais du sort de mes écrits ; j’ignore celui des autres.
Il est temps de finir. Vous voyez, monsieur, que, dans cette let-tre et dans la précédente, je me suis supposé coupable ; mais dansles trois premières j’ai montré que je ne l’étois pas. Or jugez dece qu’une procédure injuste contre un coupable doit être contreun innocent!
Cependant ces messieurs, bien déterminés à laisser subsistercette procédure, ont hautement déclaré que le bien de la religionne leur permettoit pas de reconnoître leur tort, ni l’honneur dugouvernement de réparer leur injustice. Il faudroit un ouvrageentier pour montrer les conséquences de cette maxime, qui con-sacre et change en arrêt du destin toutes les iniquités des minis-tres des lois. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit encore, et je ne mesuis proposé jusqu’ici que d’examiner si l’injustice avoit étécommise, et non si elle devoit être réparée. Dans le cas de l’affirma-tive, nous verrons ci-après quelle ressource vos lois se sont mé-nagée pour remédier à leur violation. En attendant, que faut-ilpenser de ces juges inflexibles qui procèdent dans leurs jugementsaussi légèrement que s’ils ne tiroient point à conséquence, et quiles maintiennent avec autant d’obstination que s’ils y avoient ap-porté le plus mûr examen ?
Quelque longues qu’aient été ces discussions, j'ai cru que leurobjet vous donneroit la patience de les suivre; j’ose même direque vous le deviez, puisqu’elles sont autant l’apologie de vos loisque la mienne. Dans un pays libre et dans une religion raison-nable, la loi qui rendroit criminel un livre pareil au mien seroitune loi funeste, qu’il faudroit se hâter d’abroger pour l’honneuret le bien de l’état. Mais, grâces au ciel, il n’existe rien de telparmi vous, comme je viens de le prouver, et il vaut mieux quel’injustice dont je suis la victime soit l’ouvrage du magistrat quedes lois; car les erreurs des hommes sont passagères, mais cellesdes lois durent autant qu’elles. Loin que l’ostracisme qui m’exileà jamais de mon pays soit l’ouvrage de mes fautes, je n’ai jamaismieux rempli mon devoir de citoyen qu’au moment que je cessede l’être, et j’en aurois mérité le titre par l’acte qui m’y fait re-noncer.
Rappelez-vous ce qui venoit de se passer, il y avoit peu d’an-