PARTIE II, LETTRE VIT. 649
monsieur, de l’esprit dans lequel j’entreprends cet examen. Loinde vous conseiller de toucher à l’édit de la médiation , je veuxvous faire sentir combien il vous importe de n’y laisser porternulle atteinte. Si je parois critiquer quelques articles, c’est pourmontrer de quelle conséquence il seroit doter ceux qui les recti-fient. Si je parois proposer des expédients qui ne s’y rapportentpas, c’est pour montrer la mauvaise foi de ceux qui trouvent desdifficultés insurmontables où rien n’est plus aisé que de lever cesdifficultés. Après cette explication j’enire en matière sans scru-pule, bien persuadé que je parle à un homme trop équitable pourme prêter un dessein tout contraire au mien.
Je sensbienquesijem’adressois aux étrangers, il conviendroit,pour me faire entendre, de commencer par un tableau de votreconstitution; mais ce tableau se trouve déjà tracé suffisammentpour eux dans l’article Genève de M. d’Alembert (') ; et un exposéplus détaillé seroit superflu pour vous, qui connoisiez vos loispolitiques mieux que moi-même, ou qui du moins en avez vu lejeu de plus près. Je me borne donc à parcourir les articles du ré-glement qui tiennent à la question présente, et qui peuvent lemieux en fournir la solution.
Dès le premier je vois votre gouvernement composé de cinqordres subordonnés , mais indépendants ; c'est-à-dire existantsnécessairement, dont aucun ne peut donner atteinte aux droitset attributs d’un autre; et, dans ces cinq ordres, je vois comprisle conseil général. Dès-là je vois dans chacun des cinq une por-tion particulière du gouvernement; mais je n’y vois point lapuissance constitutive qui les établit, qui les lie, et de laquelle ilsdépendent tous : je n’y vois point le souverain. Or dans tout étatpolitique il faut une puissance suprême . un centre où tout serapporte, un principe d’où tout dérive, un souverain qui puissetout.
Figurez-vous, monsieur, que quelqu’un, vous rendant comptede la constitution de l’Angleterre, vous parle ainsi : « Le gouver-« ne ment de la Grande-Bretagne est composé de quatre ordres« dont aucun ne peut attenter aux droits et attributions des au-« très ; savoir, le roi, la chambre haute, la chambre basse, et le« parlement. » Ne diriez-vous pas à l’instant : Vous vous trompez;il n’y a que trois ordres? Le parlement, qui, lorsque le roi y siège,
0) Ce tableau n'est rien moins que suffisant, et c’est ce qui nous a décidés à y sup -pléer par un tableau plus complet mis en tête du présent ouvrage.