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Tome quatrième.
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PARTIE II, LETTRE VII. . 655

Le petit conseil pourroit donc supprimer absolument les con-seils généraux sans autre inconvénient que de s’attirer quelquesreprésentations qu’il est en possession de rebuter, ou d’exciterquel-ques vains murmures qu’il peut mépriser sans risque; car, parles articles vii , xxm, xxtv, xxv, xltii , toute espèce de résis-tance est défendue en quelque cas que ce puisse être, et les res-sources qui sont hors de la constitution n’en font pas partie etn'en corrigent pas les défauts.

Il ne le fait pas toutefois, parcequ’au fond cela lui est très in-différent, et qu'un simulacre de liberté fait endurer plus patiem-ment la servitude. Il vous amuse à peu de frais, soit par des élec-tions sans conséquence quant au pouvoir qu’elles confèrent etquant au choix des sujets élus, soit par des lois qui paorissent im-portantes , mais qu’il a soin de rendre vaines, en ne les observantqu’autant qu’il lui plaît.

D’ailleurs on ne peut rien proposer dans ces assemblées, onn’y peut rien discuter, on n’y peut délibérer sur rien. Le petitconseil y préside, et par lui-même, et par les syndics, qui n’yportent que l’esprit du corps. Là même il est magistrat encore etmaître de son souverain. N’est-il pas contre toute raison que lecorps exécutif règle la police du corps législatif, qu’il lui pre-scrive les matières dont il doit counoître, qu’il lui interdise ledroit d’opiner, qu’il exerce sa puissance absolue jusque dans lesactes faits pour la contenir?

Qu’un corps si nombreux (') ait besoin de police et d’ordre, je

(') Les conseils généraux étoient autrefois très fréquents à Genève, et tout ce qui sefaisoit de quelque importance y étoit porté. En 1707, M. le syndic Chouet disoit, dansune harangue devenue célèbre, que de cette fréquence venoit jadis la foiblesse et lemalheur de l'état : nous verrons bientôt ce qu'il en faut croire. H insiste aussi sur l'ex-trême augmentation du nombre des membres, qui rendrait aujourd’hui cette fré-quence impossible, affirmant qu'autrefois cette assemblée ne passoit pas deux à troiscents, et qu'elle est à présent de treize à quatorze cents. Il y a des deux côtés beau-coup d’exagération.

Les plus anciens conseils généraux étoient au moins de cinq à six cents membres ;on serait pèut-être bien embarrassé d’en citer un seul qui n'ait été que de deux ou troiscents. En 1420, on y en compta sept cent vingt, stipulant pour tous les autres, et peude temps après on reçut encore plus de deux cents bourgeois.

Quoique la ville de Genève soit devenue plus commerçante et plus riche, elle n’a pudevenir beaucoup plus peuplée, les fortifications n’ayant pas permis d'agrandir l’en-ceinte de ses murs, et ayant fait raser ses faubourgs. D'ailleurs, presque sans territoireet à la merci de ses voisins pour sa subsistance, elle n’auroit pu s'agrandir sans s'affoi-blir. En 1404, on y compta treize cents feux faisant au moins treize mille âmes. Il n'yen a guère plus de vingt mille aujourd'hui ; rapport bien éloigné de celui de 5 à 14.Or, de ce nombre il faut déduire encore celui desnatifs, habitants, étrangers, quin’entrent pas an conseil général ; nombre fort augmenté relativement a celui des bour-