694 LETTRES ÉCRITES DE LA. MONTAGNE.
Voilà, je pense, un tableau d’après nature; vous allez voir untableau de fantaisie mis en opposition.
Il n’y aurait point aussi de gouvernement dans un état où lepeuple exerceroit sans règle la puissance législative. D'accord ;mais qui est-ce qui a proposé que le peuple exerçât sans règle lapuissance législative?
Après avoir ainsi posé un autre droit négatif que celui dont ils’agit, l’auteur s’inquiète beaucoup pour savoir où l'on doit pla-cer ce droit négatif dont il ne s’agit point, et il établit là-dessus unprincipe qu’assurément je ne contesterai pas. C’est que si celteforce négative peut sans inconvénient résider dans le gouver-nement , il sera de la nature et du bien de la chose qu’on l’yplace. Puis viennent les exemples, que je ne m’attacherai pas àsuivre, parcequ’ils sont trop éloignés de nous, et, de tout point,étrangers à la question.
Celui seul de l’Angleterre, qui est sous nos yeux, et qu’il citeavec rai: on comme un modèle de la juste balance des pouvoirsrespectifs, mérite un moment d’examen ; et je ne me permets iciqu’après lui la comparaison du petit au grand.
Malgré la puissance royale , qui est très grande, la nationn’a pas craint de donner encore au roi la voix négative. Maiscomme il ne peut se passer long-temps de la puissance législa-tive, et qu’il n’y auroitpas de sûreté pour lui à l’irriter , celteforce négative n’est dans le fait qu'un moyen d’arrêter les en-treprises de la, puissance législative; et le prince , tranquilledans la possession du pouvoir étendu que la constitution luiassure , sera intéressé à la protéger (page 117). .
Sur ce raisonnement et sur l’application qu’on en veut faire ,vous croiriez que le pouvoir exécutif du roi d’Angleterre est plusgrand que celui du conseil à Genève, que le droit négatif qu’a ceprince est semblable à celui qu’usurpent vos magistrats, que vo-tre gouvernement ne peut pas plus se passer que celui d’Angle-terre de la puissance législative, et qu’enfin l’un et l’autre ont lemême intérêt de protéger la constitution. Si l’auteur n’a pas vouludire cela, qu’a-t-il donc voulu dire, et que fait cet exemple à sonsujet?
C’est pourtant tout le contraire à tous égards. Le roi d’Angle-terre, revêtu par les lois d’une si grande puissance pour les pro-téger, n’en a point pour les enfreindre : personne, en pareil cas,ne lui voudroit obéir, chacun craindroit pour sa tête ; les minis-