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Tome quatrième.
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PABTIE II, LETT1BE IX. 695

très eux-mêmes la peuvent perdre s’ils irritent le parlement : ony examine sa propre conduite. Tout Anglois, à l’abri des lois,peut braver la puissance royale ; le dernier du peuple peut exigeret obtenir la réparation la plus authentique s’il est le moins dumonde offensé : supposé que le prince osât enfreindre la loi dansla moindre chose, l’infraction serait à l’instant relevée; il est sansdroit et serait sans pouvoir pour la soutenir.

Chez vous la puissance du petitconseil est absolue à tous égards;il est le ministre et le prince, la partie et le juge tout à la fois : ilordonne et il exécute; il cite, il saisit, il emprisonne, il juge, ilpunit lui-même, il a la force en main pour tout faire ; tous ceuxqu’il emploie sont irrecherchables ; il ne rend compte de sa con-duite ni de la leur à personne ; il n’a rien à craindre du législateur,auquel il a seul droit d’ouvrir la bouche, et devant lequel il n’irapas s’accuser. Il n’est jamais contraint de réparer ses injustices;et tout ce que peut espérer de plus heureux l’innocent qu’il op-prime, c’est d’échapper enfin sain et sauf, mais sans satisfactionni dédommagement.

Jugez de cette différence par les faits les plus récents. On im-prime à Londres un ouvrage violemment satirique contre les mi-nistres, le gouvernement, le roi même. Les imprimeurs sont ar-rêtés : la loi n’autorise pas cet arrêt : un murmure public s’élève,il faut les relâcher. L’affaire ne finit pas là ; les ouvriers prennentà leur tour le magistrat à partie, et ils obtiennent d’immensesdommages et intérêts. Qu’on mette en parallèle avec cette affairecelle du sieur Bardin, libraire à Genève; j’en parlerai ci-après.Autre cas : il se fait un vol dans la ville; sans indice et sur dessoupçons en l’air, un citoyen est emprisonné contre les lois; samaison est fouillée, on ne lui épargne aucun des affronts faitspour les malfaiteurs. Enfin son innocence est reconnue, il est re-lâché ; il se plaint, on le laisse dire, et tout est fini.

Supposons qu’à Londres j’eusse eu le malheur de déplaire à lacour; que, sans justice et sans raison, elle eût saisi le prétexted’un de mes livres pour le faire brûler et me décréter : j’auroisprésenté requête au parlement, comme ayant été jugé contre leslois; je l’aurais prouvé, j’aurois obtenu la satisfaction la plus au-thentique, et le juge eût été puni, peut-être cassé.

Transportons maintenant M. Wilkes ( ¥ ) à Genève, disant, écri-

(*) Jean Wilkes, l’un des aldermen de Londres, élu membre de la chambre des com'munes en 1761, s'y montra l'adversaire le plus redoutable du ministère et de l’auto-