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Tome quatrième.
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PARTIE II, LETTRE IX. 699

pas que ce soit de ce côté que le conseil est jaloux d’étendre lasienne.

Les rois d’Angleterre, assurés de leurs avantages, sont inté-ressés à protéger la constitution présente, parcequ’ils ont peud’espoir de la changer : vos magistrats, au contraire, sûrs de seservir des formes de la vôtre pour en changer tout-à-fait le fond,sont intéressés à conserver ces formes comme l’instrument deleurs usurpations. Le dernier pas dangereux qu’il leur reste àfaire est celui qu’ils font aujourd’hui. Ce pas fait, ils pourront sedire encore plus intéressés que le roi d’Angleterre à conserver laconstitution établie, mais par un motif bien différent. Voilà toutela parité que je trouve entre l’état politique de l’Angleterre et levôtre : je vous laisse à juger dans lequel est la liberté.

Après cette comparaison, l’auteur, qui se plaît à vous présen-ter de grands exemples , vous offre celui de l’ancienne Rome. Illui reproche avec dédain ses tribuns brouillons et séditieux : ildéplore amèrement, sous cette orageuse administration, le tristesort de cette malheureuse ville, qui pourtant, n’étant rien en-core à l’érection de cette magistrature, eut sous elle cinq centsans de gloire et de prospérités, et devint la capitale du monde.Elle finit enfin, parcequ’il faut que tout finisse ; elle finit par lesusurpations de ses grands, de ses consuls, de ses généraux, quil’envahirent : elle périt par l’excès de sa puissance ; mais elle nel’avoit acquise que par la bonté de son gouvernement. On peutdire en ce sens que ses tribuns la détruisirent (').

(^Les tribuns ne sortaient point delà ville; ils n'avoient aucune autorité hors deses murs : aussi les consuls, pour se soustraire à leur inspection, tenoient-ils quelque-fois les comices dans la campagne. Or les fers des Romains ne furent point forgésdans Rome, mais dans ses armées, et ce fut par leurs conquêtes qu'ils perdirent leurliberté. Cette perte ne vint donc pas des tribuns.

Il est vrai que César se servit d'eux comme Svlla s’étoit servi du sénat : chacun pre-noit les moyens qu'il jugeoit les plus prompts ou les plus sûrs pour parvenir : mais ilfalloitbien.que quelqu'un parvînt; et qu’importoit qui de Marius ou de Sylla, deCésar ou de Pompée, d’Octave ou d’Antoine, fut l’usurpateur? Quelque parti quil’emportât, l’usurpation n’en étoit pas moins inévitable ; il falloit des chefs aux arméeséloignées, et il étoit sûr qu'un de ces chefs deviendroit le maître de l’état. Le tribu-nal ne faisoit pas à cela la moindre chose.

Au reste, cette même sortie que fait ici l’auteur des Lettres écrites de la cam-pagne sur les tribuns du peuple avoit été déjà faite, en 1713, par M. de Chapeau-rouge, conseiller d’état, dans un Mémoire contre l’office de procureur-général.M. Louis Le Fort, qui remplissoit alors cette charge avec éclat, lui fit voir, dans unetrès belle lettre en réponse à ce Mémoire, que le crédit et l’autorité des tribunsavoient été le salut de la république, et que sa destruction n’étoit point venue d’eux,mais des consuls. Sûrement le procureur-général Le Fort ne prévoyoit guère parqui seroit renouvelé de nos jours le sentiment qu’il réfutoit si bien.