708 LETTRES ÉCRITES DE LA M01ST.AGXE.
prétextes, c'est plus par bienséance que par nécessité. Il a doncla volonté d’étendre sa puissance, et le moyen de parvenir à toutce qu'il veut. Tel est l’état relatif du petit conseil et de la bour-geoisie de Genève. Lequel de ces deux corps doit avoir le pou-voir négatif pour arrêter les entreprises de l’autre? L’auteur desLettres assure que c’est le premier.
Dans la plupart des états, les troubles internes viennent d’unepopulace abrutie et stupide, échauffée d’abord par d’insupporta-bles vexations, puis ameutée en secret par des brouillons adroits,revêtus de quelque autorité qu’ils veulent étendre. Mais est-ilrien de plus faux qu’une pareille idée appliquée à la bourgeoisiede Genève, à sa partie au moins qui fait face à la puissance pourle maintien des lo's? Dans tous les temps, cette partie a tou-jours été l’ordre moyen entre les riches et les pauvres, entre leschefs de l’état et la populace. Cet ordre, composé d’hommes àpeu près égaux en fortune, en état, en lumières, n’est ni assezélevé pour avoir des prétentions, ni assez bas pour n’avoir rienà perdre. Leur grand intérêt, leur intérêt commun, est que leslois soient observées, les magistrats respectés; que la constitu-tion se soutienne, et que l’état soit tranquille. Personne dans cetordre ne jouit à nul égard d’une telle supériorité sur les autres,qu’il puisse les mettre enjeu pour son intérêt particulier. C’est laplus saine partie de la république, la seule qu’on soit assuré nepouvoir, dans sa conduite, se proposer d’autre objet que le biende tous. Aussi voit-on toujours dans leurs démarches communesune décence, une modestie, une fermeté respectueuse, une cer-taine gravité d’hommes qui se sentent dans leur droit et qui setiennent dans leur devoir. Voyez, au contraire, de quoi l’autreparti s’étaie : de gens qui nagent dans l’opulence, et du peuple leplus abject. Est-ce dans ces deux extrêmes, l'un fait pour ache-ter, l’autre pour se vendre, qu’on doit chercher l’amour de lajustice et des lois? C’est par eux toujours que l’état dégénère : leriche tient la loi dans sa bourse, et le pauvre aime mieux du painque la liberté. 11 suffit de comparer ces deux partis, pour jugerlequel doit porter aux lois la première atteinte. Et cherchez eneffet dans votre histoire si tous les complots ne sont pas toujoursvenus du côté de la magistrature, et si jamais les citoyens ont eurecours à la force que lorsqu’il l'a fallu pour s’en garantir.
On raille sans doute, quand, sur les conséquences du droit queréclament vos concitoyens, on vous représente l’état en proie à