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Tome quatrième.
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PARTIE II, LETTRE IX. 709

la brigue, à la séduction, au premier venu. Ce droit négatif queveut avoir le conseil fut inconnu jusqu’ici : quels maux en est-iiarrivé ? Il en fut arrivé d’affreux, s’il eut voulu s’v tenir quandla bourgeoisie a fait valoir le sien. Rétorquez l’argument qu’ontire de deux cents ans de prospérité; que peut-on répondre? Cegouvernement, direz-vous, établi par le temps, soutenu par tantde titres, autorisé par un si long usage, consacré par ses suc-cès, et où le droit négatif des conseils fut toujours ignoré, nevaut-il pas bien cet autre gouvernement arbitraire dont nous neconnoissons encore ni les propriétés ni ses rapports avec notrebonheur, et où la raison ne peut nous montrer que le comble denotre misère ?

Supposer tous les abus dans le parti qu’on attaque, et n’en sup-poser aucun dans le sien, est un sophisme bien grossier et bienordinaire, dont tout homme sensé doit se garantir. Il faut suppo-ser des abus de part et d’autre, parcequ’il s’en glisse partout;mais ce n'est pas à dire qu’il y ait égalité dans leurs conséquen-ces. Tout abus est un mal, 'souvent inévitable, pour’ lequel onne doit pas proscrire ce qui est bon en soi. Mais comparez, etvous trouverez, d’un côté, des maux sûrs, des maux terribles,sans bornes et sans fin; de l’autre, l’abus même difficile, qui,s’il est grand, sera passager, et tel que, quand il a lieu, il portetoujours avec lui son remède. Car, encore une fois, il n’y a deliberté possible que dans l’observation des lois ou de la volontégénérale ; et il n’est pas plus dans la volonté générale de nuire àtous, que dans la volonté particulière de nuire à soi-même. Maissupposons cet abus de la liberté aussi naturel que l’abus de lapuissance. Il y aura toujours cette différence entre l’un et l’autre,que l’abus de la liberté tourne au préjudice du peuple qui enabuse, et, le punissant de son propre tort, le force à en chercherle remède : ainsi, de ce côté, le mal n’est jamais qu'une crise,il ne peut faire un état permanent ; au lieu que l’abus de la puis-sance , ne tournant point au préjudice du puissant, mais dufoible, est, par sa nature, sans mesure, sans frein, sans limites;il ne finit que par la destruction de celui qui seul en ressent lemal. Disons donc qu'il faut que le gouvernement appartienne aupetit nombre, l’inspection sur le gouvernement à la généralité;et que si de part ou d’autre l’abus est inévitable, il vaut encoremieux qu’un peuple soit malheureux par sa faute qu’opprimésous la main d’autrui.