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Tome quatrième.
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710 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE:

Le premier et le plus grand intérêt public est toujours la jus-tice. Tous veulent que les conditions soient égales pour tous, etla justice n’est que cette égalité. Le citoyen ne veut que les loiset que l’observation des lois. Chaque particulier dans le peuplesait bien que s’il y a des exceptions, elles ne seront pas en sa fa-veur. Ainsi tous craignent les exceptions; et qui craint les ex-ceptions aime la loi. Chez les chefs, c’est tout autre chose : leurétat même est un état de préférence, et ils cherchent des préfé-rences partout ('). S’ils veulent des lois, ce n’est pas pour leurobéir, c’est pour en être les arbitres. Ils veulent des lois pour semettre à leur place et pour se faire craindre en leur nom. Toutles favorise dans ce projet : ils se servent des droits qu’ils ont pourusurper sans risque ceux qu’ils n’ont pas. Comme ils parlent tou-jours au nom de la loi, même en la violant, quiconque ose la dé-fendre contre eux est un séditieux, un rebelle, il doit périr : etpour eux, toujours sûrs de l’impunité dans leurs entreprises, lepis qui leur arrive est de ne pas réussir. S’ils ont besoin d’appui,partout ils en trouvent. C’est une ligue naturelle que celle desforts; et ce qui fait la foiblesse des foibles est de ne pouvoir seliguer ainsi. Tel est le destin du peuple, d’avoir toujours au-de-dans et au-dehors ses parties pour juges. Heureux quand il enpeut trouver d’assez équitables pour le protéger contre leurs pro-pres maximes, contre ce sentiment si gravé dans le cœur hu-main , d’aimer et favoriser les intérêts semblables aux nôtres !Vous avez eu cet avantage une fois, et ce fut contre toute attente.Quand la médiation fut acceptée, on vous crut écrasés; maisvous eûtes des défenseurs éclairés et fermes, des médiateurs in-tègres et généreux : la justice et la vérité triomphèrent. Puissiez-vous être heureux deux fois ! vous aurez joui d’un bonheur bienrare, et dont vos oppresseurs ne paroissent guère alarmés.

Après vous avoir étalé tous les maux imaginaires d’un droitaussi ancien que votre constitution, et qui jamais n’a produit au-cun mal, on pallie, on nie ceux du droit nouveau qu’on usurpe,et qui se font sentir dès aujourd’hui. Forcé d’avouer que le gou-

(') La justice dans le peuple est une vertu d'état ; la violence et la tyrannie est demême dans les chefs un vice d'état. Si nous étions à leurs places, nous autres parti-culiers nous deviendrions comme eux violents, usurpateurs, iniques. Quand desmagistrats viennent donc nous prêcher leur intégrité, leur modération, leur justice,ils nous trompent, s'ils veulent obtenir ainsi la confiance que nous ne leur devons pas :non qu'ils ne puissent avoir personnellement ces vertus dont ils se vantent ; maisalors ils font une exception, et ce n'est pas aux exceptions quelaloi doit avoir égard.