262 RADE DE CHERBOURG.
Alors M. de la Bretonniere , qui devoit commander toute l amanœuvre , ayant fait attacher aux ceintures le grand cable dehallage, ainsi que les grelins des canonnières et chaloupes, fit signalau sieur Grillot de fder la retenue de terre 5 la caisse conique s’a-vança, étant remorquée par ces canonnières.
La nouveauté du spectacle qu’offroit la marche tranquille etmajestueuse de cette masse, du poids de plus de deux millions,élevée de 5 1 pieds au-dessus des eaux, paroissant glisser à sa sur-face , transporta d’étonnement les spectateurs (1), et les cris dejoie se mêlèrent à la musique du régiment placée dans la tente deM. d’Harcourt. Comme l’état de sa santé ne lui permettoit pas desupporter la mer, M. de Beuvron , son frère , monta avec son fils,M. de Praslin, et plusieurs Officiers de divers régimens, clans lecanot du Commandant, pour suivre la remorque et voir l’immersion,
Cette caisse , continuant sa marche, fut hallée, avec beaucoup defacilité, par les chaloupes canonnières. Une gabarre qui commençoità appareiller paroissant inutile, reçut ordre de carguer ses voiles,et laissa les chaloupes canonnières continuer la remorque. A neufheures cinq minutes elle marchoit, à la faveur d’un vent frais, avecplus de vitesse que les hommes, placés sur le premier ponton, nepouvoient en mettre à rembarquer le grand cable de hallage.
Ce cable amarré, comme,nous l’avons dit, à une patte d’oie quitenoit aux deux ceintures, devoit être soutenu dans toute sa longueurpar des chaloupes ; mais ne l’ayant pas été, il laboura le fond de larade, et s’engagea dans une roche à l’ouest de la caisse ; ce qmimprima au cône un mouvement de rotation , et l’arrêta dans samarche.
(1) Tout le rivage et les quais de Cherbourg étoient garnis de plus de dix mille p er 'sonnes; la rade étoit couverte d’un grand nombre de navires et de canots français)anglais et autres.