DE LA PREMIÈRE PARTIE. 4i
voit la consécration de ce monument. D’un côté du bas-relief sont les magistrats municipaux, del’autre la famille 1 de Nevoleia, et au milieu un autel sur lequel un jeune homme dépose uneoffrande, ou une victime, dont il seroit difficile de désigner la nature. Auprès de l’autel on distingueune sorte de cippe qui représente le tombeau, et tout contre est un autre jeune homme quipourroit bien être le fils de Munatius.
Sur la face latérale, du côté du triclinium, on a sculpté une barque dont tous les détails sontparfaitement bien exprimés. Les acrostoha , ou extrémités du vaisseau, sont surtout remarquables;le corymbus (la proue) , d’une forme particulière est ornée d’une tête de Minerve; la poupe estterminée en col de cygne, ou d’oie; ce qui explique le nom de ckeniscus donné à cette partiesur le cheniscus et à l’extrémité du mât 3 flottent les aplustra, ou pavillons; Munatius, assis à lapoupe, tient le gouvernail, qui a la forme d’une longue et large rame 4 ; la vergue est faite dedeux pièces, et elle s’élevoit au haut du mât au moyen d’une poulie que le sculpteur a renduebien reconnoissable. Divers, enfants carguent la voile 5 , et exécutent cette manœuvre comme lesmariniers du même pays le font encore. Un de ces enfants grimpe au cordage qui assujettit lemât du côté de la proue 6 . Toutes les drisses de la voile viennent aboutir à un billot où ellespassent dans des trous qui servent à les amarrer; en un mot, la manière dont on a exprimé chaquedétail rend ce bas-relief extrêmement précieux. Quelques personnes ont cru y reconnoître uneallégorie. Ce vaisseau, prêt à toucher au port en échappant aux flots irrités, seroit, selon eux, unemblème relatif à Munatius, qui, à la fin d’une existence long-temps agitée, considérant le tom-beau comme le seul asile donné à l’homme contre les orages de la vie, s’en approcha avec joie,ainsi qu’un voyageur, apres une longue navigation, aperçoit la terre, et se réjouit d’avance d’arriverau port. ( Cicer. de Senect. cap. XIX. 71.) Mais cette barque, dont tous les détails sont rendusavec tant d’exactitude, n’auroit-elle pas plutôt quelque rapport avec la profession de Munatius?Poinpei, entrepôt du commerce des villes voisines, devoit avoir beaucoup de citoyens opulentsadonnés au négoce et à la marine, et peut-être Munatius étoit-il de ce nombre. Cette opinion estd’autant plus probable, que le style allégorique n’est point employé dans les autres bas-reliefs dece tombeau. Les anciens qui avoient toujours grand soin de rappeler dans leurs inscriptions lescharges, les dignités et les honneurs, n’indiquoient ordinairement les professions de la vie civileque par quelque objet qui y eût rapport; et alors ce vaisseau pourroit être ici comme un sym-bole du commerce ou de la navigation.
Sur la face opposée on voit le bisellium, ou siège d’honneur, décerné à C. Munatius.
Dans l’intérieur de ce tombeau on avoit déposé des lampes et plusieurs urnes cinéraires, toutesde terre commune, à l’exception de trois en verre d’une assez grande dimension 7 . Ces der-nières, renfermées chacune dans une capsule de plomb à-peu-près de même forme qu’elles, con-
v 1 ) Le mot fnmilia ne comprend pas seulement les parents, mais encore toutes les personnes qui composent la maison. Cette expressions’est conservée en italien , et j’ai cru pouvoir l’employer ici en parlant d’antiquités.
(а) Cheniscus, du mot grecpmcxoç, petite oie.
(3) L’endroit où se plaçoit ce mât unique s’appeloit chez les Grecs [/.eso^pi, et chez les Latins, moclius-, le mât étoit mobile; on l’enlevoitdès qu’on étoit arrivé dans le port. Un bas-relief antique conservé dans la cathédrale de Salerne m’a fait connoître cet usage.
(4) Les barques arabes de la mer Rouge ont, dit-on, des gouvernails faits en forme de rame, et placés de chaque côté de la poupe.
(5) Les cordages qui servoient à hisser la voile et a la carguer s appeloient/unes' chalatoru.
(б) On appeloit ce cordage protonos , et celui qui assujettissoit le mat du cote de la poupe, epitonos.
(7) de ccs vases a x pied 2 pouces de haut sur io° de diamètre; les autres ont un peu moins; ce sont peut-etre les morceaux en verreles plus considérables qui soient parvenus jusqu’à nous. Cependant, quelque curieux quils puissent nous paroître, ils sont encore bien loindu degré de perfection auquel les anciens étoient parvenus dans la fabrication du verre. Aussi devons-nous les regarder comme des ouvragescommuns.
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