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EXPLICATION DES PLANCHES
bancs extérieurs, et que même tous ceux du côté droit de la voie en allant vers la ville reposentsur un soubassement continu qui s’élève au-dessus des trottoirs à la hauteur nécessaire pour êtrecommodément assis 1 2 . L’usage de donner ainsi quelque but d’utilité ou d’agrément aux monu-ments consacrés à la mémoire des morts naissoit des idées que les anciens avoient sur la cessa-tion de la vie. Ils ne plaçoient point, comme nous, un mur d’airain entre ce monde et l’autre :selon eux, les ombres erroient autour des tombeaux; elles accouraient à la voix qui les évoquoit,elles recevoient les offrandes des personnes chéries, entendoient leurs vœux et l’expression deleur douleur. Ce commerce continuel entre la vie et la tombe avoit quelque chose de consolantet de religieux qui rendoit les pertes du cœur moins désespérantes, et donnoit aux lièux funèbresun charme qu’ils n’ont plus pour nous ; aussi ne devons-nous point nous étonner que les ancienscherchassent avec tant de soin à les orner d’inscriptions, de peintures, de bancs, d’ombrage, enun mot, de tout ce qui pou voit les rendre moins lugubres et engager à les visiter.
L’intérieur de cet hémicycle est plus profond que large (pî. XXXIII, fig. II et III) ; sa positionvers le midi devoit le rendre agréable l’hiver; car sa concavité, en rassemblant les rayons dusoleil, en faisoit une espèce ééhéliocaminus ' 1 , et l’été, saison dans laquelle le soleil est plus élevé,sa profondeur offrait encore de l’ombre jusque vers les trois quarts du jour. Aussi je pense quecet hémicycle devoit être fort fréquenté. Qui sait si les philosophes de Pompei ne s’y sont passouvent rencontrés, et si, à l’aspect des tombeaux dont ils étoient environnés, à la vue des scènesmagnifiques que déployoit devant eux le vaste horizon qu’ils pouvoient embrasser, ils n’ont pasplus d’une fois, en ce lieu, discouru sur l’immortalité de l’ame ou les merveilles de la nature?
La décoration, dont on est à même de juger dans l’élévation en grand pl. XXXIV, est capri-cieuse et bizarre 3 . Les ornements et les membres de l’architecture sont en stuc et travaillés avecesprit, mais d’une manière un peu négligée. Les peintures qui décorent l’intérieur sont mieuxtraitées. Le fond de la voûte est bleu, la coquille blanche, les ornements entre les panneaux sontcouleur d’or sur un fond noir; le champ des panneaux est rouge, et les petits animaux colorés aunaturel. Ce monument, dont la conservation étoit parfaite lorsque je le dessinai, n’a point d’in-scription; ce qui semble indiquer ou que la dédicace n’en avoit point été faite, ou que, bâti àl’avance par spéculation, il n’avoit point encore trouvé d’acquéreur 4 .
PORTE DU SARNUS.
Les fouilles entreprises autour des murs de la ville ont fait retrouver une autre porte (pl. XXXV,XXXVI et XXXVII) que l’on s’est empressé d’appeler la porte de Nola ; mais cette dénominationest fausse; la direction de la voie qui vient y aboutir indique que cette porte conduisoit au pas-
(1) Ce socle est recouvert d’un stuc très fin, qui ne permettoit pas que l’on pût y marcher; et certainement il n’avoit point été destiné àd’autre usage qu’à servir de banc.
( 2 ) On donnoit ce nom à une sorte d’étuve solaire, ou lieu exposé au soleil, et construit de manière à recevoir et conserver la chaleur decet astre. [Plin. Sect. lib. //, epist. 6.)
(3) Il paroît que les anciens se relâchoient un peu, dans les ouvrages en stuc, de la sévérité de goût qui leur étoit ordinaire lorsqu ils tra-vailloient en marbre, comme je l’ai déjà observé, à propos de quelques bas-reliefs, dans la note 1 , page 45. Cela pourrait aussi faire con-jecturer que les architectes abandonnoient au caprice des ouvriers les décorations en stuc, comme insignifiantes pour 1 art, a cause de leurfragilité et du peu de prix de la matière.
(4) Il est constaté que la plupart des sarcophages, des cippes et des urnes de marbre se travailloient en fabrique. On achetoit des tombeauxauxquels il ne manquoit que l’inscription, que l’on faisoit graver après coup. Il seroit possible que des spéculateurs en eussent fait autant pourdes monuments d’une plus grande dimension, tels que cet hémicycle.