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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
et la politique nationale. I/élément religieux avait sa sourcedans le mysticisme du moyen âge; et il continuait la tra-dition des Vaudois et des Hussites à laquelle les prédica-tions des frères Moraves donnaient une portée plus grande.Aux Pays-Bas, le prieur Jean de Goch (mort en 1473) dé-clara que la Bible est la seule source authentique en ma-tière de foi. Appuyé sur ce principe, l'Allemand Jean deWesel, son contemporain, rejette l’autorité du pape et s’é-lève contre les cérémonies et les indulgences, ne dédai-gnant pas de faire appel à la jovialité narquoise du peuple,comme lorsqu’il disait que saint Pierre n’avait sans douteordonné le maigre qa’atia de mieux vendre son poisson.Jean Geiler de Kayserberg (1440-1509) qui prêcha d’abordà Bâle, puis à Strasbourg, le suivit dans cette voie et fit pé-nétrer, grâce à la chaleur et à la clarté de sa parole, lesidées de réforme dans les masses populaires. Son ami, lepauvre Suisse Félix Hemmerlin, qui mourut en prison, tra-vailla comme lui à la régénération de l’Église. Il avait faitses études en Italie et en avait rapporté le goût des huma-nités qui ne s’éteignit jamais en Allemagne, mais qui seranima lorsque la philologie s’appliqua à l’Évangile commeà la source unique de la foi. Cette étude des vieilles lan-gues, entreprise d’abord pour fournir des arguments contrela scolastique, fut bientôt pratiquée pour elle-même et lessavants, appliqués à deviner le génie de l’antiquité, puisè-rent dans ces recherches une résignation qui remplit leurâme d’une calme félicité.
Par un hasard singulier, ce fut un Italien, un courtisande la cour de Rome, qui devait plus tard combattre la ré-forme du haut de la chaire pontificale, qui encouragea enAllemagne l’étude des humanités. Aeneas-Sylvius Piccolo-mini, prélat distingué par son érudition, mais sans fermetédans le caractère, ne cessa, au concile de Bâle, d’exciter auxétudes classiques le groupe d’Allemands qu’il avait réunisautour de lui. Devenu secrétaire de Frédéric III, il alluma