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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

réunissait les provinces en un seul État. La nation, privéede ses libertés intérieures, se portait vers les conquêtes tran-satlantiques, attirée par le charme des aventures héroïques.

La noblesse française voyait briser son pouvoir féodalpar le peu scrupuleux Louis XI et allait fournir la cour dessuccesseurs de ce prince de serviles et immoraux courti-sans. L’unité menarchique, complétée par la réunion delàBretagne et de la Bourgogne, permettra bientôt à Fran-çois I er d’aspirer à la couronne impériale et de tenter laconquête de l’Italie.

En Angleterre, les communes, voyant la féodalité nor-mande ruinée par la guerre des Deux-Roses, s’unirent d’a-bord à la bourgeoisie sous les Tudors, puis à la royautécontre la noblesse, jusqu’à ce qu’elles furent assez fortes,sous les Stuarts, pour tenir tète à la noblesse et à la royauté.Dans les États Scandinaves, les éléments contraires cher-chaient à se fondre dans l’union de Calmar qui devait sedissoudre bientôt, quoique le prince Danois Charles IIl’eût cimentée du sang de l’aristocratie suédoise. La Po-logne, sous Jagellon, continuait à être en proie à cette aris-tocratique anarchie qui la mènera à sa ruine; la Russieachevait, sous Iwan, de secouer le joug des Mongols. Ausud-est de l’Europe la corruption byzantine finissait avecla prise de Constantinople par les Turcs qui, guidés parleurs vaillants chefs, passaient le Danube et faisaient expierà la chrétienté la guerre des Croisades, en ravageant laHongrie qu’affaiblissait l’oligarchie des magnats.

Nous avons vu dans la première partie à quel degré d’af-faiblissement l’Allemagne était tombée depuis la chute desHohenstaufen et le morcellement du pays en petits États ja-loux les uns des autres. Les hommes intelligents compre-naient que tout le mal venait du manque d’unité et de brivalité des princes : « Malheur à vous, princes allemand»',

disait Grégoire de Hambourg, malheur à vous, auteurs de

lois injustes qui employez contre l’empire le langage des