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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
nuit du 10 au 11 novembre 1483, était doué d’une rare té- q
nacité. Tombé à la suite d’une maladie dans une mélanco- 0
lie farouche, il se décida à prendre le froc, résolution qui p
pèsera sur sa vie et généra ses allures. En sa qualité de
moine, il resta étranger au mouvement de renaissance lit-téraire, n’eut jamais de goût pour la poésie ni la libre phi-losophie helléniques, et, quoiqu’il n’entendit rien à la poli-
tique, s’en mêla beaucoup trop pour le malheur des Aile- b
mands. Il n’était et ne voulait être qu’un théologien, attaché a
à la lettre des textes, mais avec une persévérance, une éner- p
gie, une conviction indomptables. Grâce à des circonstances ]■
favorables, il réussit là où tant d’esprits plus éminents avaient <3
échoué. La foule suit plus volontiers la médiocrité habile s
qui se met à sa portée, que le génie fougueux dont les vues p
la dépassent. Luther assailli, comme la plupart de ses con- v
temporains, de doutes religieux, crut trouver un solide p
point d’appui à sa croyance dans la doctrine de saint Au- j
gustin sur le péché originel de l’homme et sa justification (
par la grâce. On connaît cette théorie d’après laquelle p
l'homme, corrompu par la tache originelle, est condamné à 1
faire le mal, et ne peut arriver à la félicité éternelle que (
par la grâce divine qu’il obtiendra, non par ses œuvres, 1
mais par sa foi en Jésus-Christ et en la Rédemption. Imbu 1
de ccs opinions, Luther ne put s’empêcher de ilétrir le ]
commerce des indulgences ; il fut entraîné par l’ardeur de la p
lutte à attaquer la hiérarchie sacerdotale, l’autorité dupape, l’adoration des saints ( 1 ), le célibat des prêtres; il ne 1
s’arrêta qu’au texte de la Bible. On ne comprit pas d’abordtoute la portée de son attaque; les humanistes la prirentpour une pure dispute scholastique, et Hutten se réjouis-sait de voir les moines se manger entre eux. Ce ne fut queplus tard, en 1519, que l'aflairc prit un tour sérieux, lors-
(1) L'auteur allemand paraît ignorer que le catholicisme n 'adorepat les saints, mais les vénère, ce qui n’est pas la même chose.
(Noie du traducteur.)