Buch 
La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
Entstehung
Seite
210
JPEG-Download
 

210

LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

la restitution aux communes des forêts et des champs qu’onleur avait injustement enlevés. Leur conclusion porte bienla marque de l’esprit religieux de l’époque ; ils y disaientqu’ils ne revendiqueraient pas l’exécution de tout articledont on leur prouverait que le sens ne se trouvait pas dansl’Écriture-Sainte. Ils ne faisaient donc pas appel à la forcebrutale, et ce ne fut qu’en désespoir de cause qu’ils prirentles armes. Grâce à l’idée de réforme religieuse qui leur ser-vait de drapeau, les commencements de leur révolte furentassez heureux. Mais le terrible jugement qu'ils firent subirau comte de Hellenstein et à quatorze gentilshommes, re-tourna contre eux l’opinion publique. Luther, abandonnantla neutralité, lança son furieux pamphlet : Contre les bandesde paysans brigands et assassins, où il disait : « Il faudra sejeter sur eux, les égorger en public ou en secret commedes chiens enragés. » Les princes n’avaient nul besoin deces cruelles excitations; déjà ils s’armaient en masse etamenaient leur artillerie, tandis que les payans laissaientéchapper le moment favorable, et au lieu de s’organiser,de discipliner leurs troupes, de se- donner un chef dontl’autorité en imposât à la foule tumultueuse, rédigeaientune constitution de l’empire 1 On se croirait en 1848. Cettepremière tentative de réforme constitutionnelle excite, aupoint de vue historique, un certain intérêt, et prouve chezles paysans beaucoup de patriotisme et d’intelligence pourleur temps; mais que pouvaient la justice et le droit contreles canons et les mercenaires des princes ? Les champs debataille de Frankenhausen, de Wurtzbourg et de Kœnigs-hofen se couvrirent des cadavres des révoltés. Ce qui avaitsurvécu périt dans les supplices, et la démocratie allemandeainsi que la réforme, perdirent le meilleur de leur sève.Luther craignant pour son œuvre le contre-coup de cettedéfaite, s’empressa de démontrer que le mouvement révo-lutionnaire n’avait rien de commun avec sa doctrine, etque la liberté évangélique, prêchée par lui, ne visait nulle-