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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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RÉFORME, RÉVOLUTION ET RÉACTION

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tâché de se régénérer sans abolir la hiérarchie sacerdotale,et en se pliant aux transformations que réclamait l’esprit dutemps. Le produit le plus important de cette tentative, futl’institution des Jésuites qui prit naissance en Espagne. Fon-dée par Ignace de Loyola, la société de Jésus devint bientôtentre les mains des papes le bouclier le plus solide qu’ilsopposèrent aux attaques des luthériens. Les décrets du con-cile de Trente déclaraient à l'hérésie une guerre sans trêveni merci, que dirigèrent les Jésuites, appuyé sur la puis-sance espagnole. Malgré l’insuccès de l’expédition que Phi-lippe II lança contre l’Angleterre et l’avènement au trônede France d’Henri de Béarn, ils poursuivirent leur œuvrequi visait à faire du globe un seul État gouverné par lepape, qui n’eût été lui-même qu’un instrument docile entreles mains de l’Ordre. Ils combattirent le libre examen, ai-dèrent l’autorité à retenir les peuples sous sa dépendance,attirèrent à leur cause les grands, les riches et les gensd’esprit à la faveur d’une morale qui, par ses restrictionset ses cas de conscience, flattait les vices et absolvait lescrimes, et gagnèrent même la reconnaissance des pauvresen leur procurant les moyens de subvenir à leurs besoinsmatériels.

Leur organisation était admirable. Aucun général necommanda jamais à une légion d’hommes plus soumis,mieux disciplinés ; aucune armée ne fut conduite avec unart plus savant. Le jésuite pouvait, dans l’intérêt de sonordre, être diplomate, savant, artiste, guerrier, marchand,professeur, tantôt ligué avec les rois contre le peuple,tantôt avec le peuple contre les rois. Ils entassaient d’unemain avare les trésors qu’ils répandaient ensuite aveclibéralité. Ils traversaient les mers, franchissaient les dé-serts, affrontaient mille dangers pour aller prêcher l’Évan-gile aux Indiens, aux Chinois, aux Japonais, et cueillir avecenthousiasme la palme du martyre; d’autres, à la tête desarmées, dirigeaient la croisade contre les hérétiques; d’au-