RÉFORME, RÉVOLUTION ET REACTION 215
Cette paix, 'imposée par l’étranger, réglait la constitutionde l’empire, reconnaissait l’indépendance de la Suisse et desProvinces-Unies, réduisait l’empereur à la puissance exé-cutive, rendait la souveraineté à la diète et conférait à tousles États la faculté de faire des alliances, soit entre eux,soit avec les puissances étrangères, pourvue qu’elles ne fus-sent pas dirigées contre l’empereur, ni contre l’empire. Lapaix religieuse d’Augsbourg était confirmée et étendue auxcalvinistes, les protestants entraient au conseil aulique.Bref, tout avait été réglé de manière à briser l’unité inté-rieure et à livrer l’Allemagne à la division. Pendant cetemps, les Pays-Bas obtenaient l’indépendance et la libertérépublicaine, l’Angleterre jetait, sous Cromwel, les solidesfondements de sa grandeur, et envoyait par delà l’Océanses troupes à la conquête du Nouveau-Monde.
Les résultats désastreux du traité de Westphalie ne tar-dèrent pas à se produire. L’avide ambition de Louis XIV,profitant de l'impuissance où l’Allemagne était réduite,s’empara de Strasbourg et ravagea nos provinces du Rhin,tandis qu’à l’est l’apparition menaçante des Turcs nous for-çait à mendier le secours de Sobieski et de ses héroïquesPolonais. Les princes allemands imitèrent à l’envi le fasteet le despotisme de la cour de Versailles; une nuée detyranneaux prodigues épuisa les États secondaires. A tousces fléaux il faut ajouter l’intolérance religieuse et l’avilis-sement des trois classes : les nobles se firent courtisans,les bourgeois s’atrophièrent dans le pédantisme, les paysansperdirent toute énergie. Une bureaucratie aussi bruta'e pourses inférieurs qu’elle était rampante devant ses supérieursengendra peu a peu ce vice inconnu jusque-là de notre na-tion, et que Ton a eu raison de flétrir du nom de ser-vilité.