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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

la graine œillette fut introduite par les émigrés des Pays-Bas qui fuyaient la tyrannie du duc d’Albe; le maïsapportéen Europe par Colomb ne fut connu en Allemagne qu’en1650. Comme il nous vint par l’Italie, on lui donna le nomde blé italien. C’est à l’Amérique aussi que nous devons lapomme de terre, qui, apportée par le botaniste Closius, ne serépandit que peu à peu et pénétra seulement en 1640 dansla Hesse-Darmstadt, la Westphalie et la Saxe, en 1647 dansle Brunsvick, en 1650 à Berlin, en 1716 à Bamberg et dansle Palatinat. Les paysans l’appelaient « racine du diable », re*fusaient de la cultiver et s’opposaient même par la force àson acclimatation. En Poméranie il fallut que le gouverne-ment employât les baïonnettes pour les décider à acceptercette plante bienfaisante. Le tabac qui, lui aussi, nous vientde l’Amérique, fut sans doute importé chez nous par les sol-dats de Charles-Quint et fit de rapides progrès à la faveurdes jouissances sensuelles et imaginaires qu’il procure. Onle fuma d’abord comme un remède auquel on attribuaitmille vertus, s’il faut en croire un traité de botanique pu-blié en 1656. On y lit, en effet: « Le tabac fait éternuer etdormir, purifie le palais et débarrasse la tête, guérit lesdouleurs et la fatigue, apaise les maux de dents et les cram-pes de matrice, préserve de la peste, chasse la gale, prévientla gangrène, ferme les ulcères, les hernies et les plaies. »L’opinion contraire ne manquait pas non plus de partisans.Le roi anglais Jacques I er écrivit plusieurs livres contre lesfumeurs, et le clergé allemand lança ses foudres contre ceuxqui « de leur bouche faisaient la cheminée du diable. » Unédit sévère de 1661 ajoutait aux dix commandements cetteonzième prescription : « Tu ne fumeras pas. » Mais ces dé-fenses ne tinrent pas longtemps; l’État qui avait trouvédans la culture de cette plante de grandes ressources finan-cières en favorisa le développement. Elle fut récoltée enBavière dès 1681, dans le Palatinat et la Hesse vers 1697.

Originaire de l’Arabie heureuse, le café passa de là en