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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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CULTURE MATÉRIELLE ET SOCIALE 223

français resta longtemps encore marqué de la rouille dumoyen âge. Il vivait dans son château-fort, se livrant au bri-gandage et à l’ivrognerie. Les annales du quinzième siècle sontremplies de ses tristes exploits. En 1520 Thomas d’Abspergse jeta traîtreusement sur le comte Joachim d’Oettingen; en1511 le comte Félix de Werdenberg assassina André deSonneberg. On pourrait citer des centaines de faits pareils;parfois l’orgie se terminait par une catastrophe épouvan-table comme il arriva à Waldenbourg en 1570. Une sociétéjoyeuse s’était imaginé, pour fêter gaiement le carnaval, dese masquer, les dames en anges, les messieurs en démons.Le déguisement s'était fait avec du chanvre et de la résine.Une étincelle étant tombée sur un de ces dangereux costu-mes, la flamme se communiqua rapidement aux autres.Deux des masques restèrent sur le carreau et plusieurs au-tres furent horriblement brûlés. Les Mémoires de Gœtz deBerlichingen qui datent de la Réforme, témoignent encored’une vie franchement gaie dans la chevalerie, mais le jour-nal de Hans de Schweinichen, qui est de la seconde moitiédu seizième siècle, nous introduit dans une société nobleoù tout respire une pauvreté mesquine, une grossièreté bru-tale. Quoiqu’il fût un peu courtisan, il débute par une pro-fession de foi complète, ce qui prouve combien la théologiepréoccupait les protestants et s’était emparé de toutes lesimaginations (1).

Voici en quels termes Schweinichen nous décrit l’existenced’un noble allemand: « Quand j’eus atteint l’âge de neufans, j’allai chez un maître clerc du village pendant deuxans pour apprendre à lire et à écrire. Au retour de l’écoleje gardais les oies. Page à la cour de Liegnitz, j’ai reçu en

(1) Nous pourrions encore citer comme preuve de cette préoc-cupation, le gentilhomme de Klotz, qui, condamné par le tribunalecclésiastique à se tenir pendant trois dimanches à la porte de1 église, en habit de pénitent, pour un meurtre commis dans unaccès de colère, s’exécuta malgré les cris d’indignation de la hautesociété.