CULTURE MATÉRIELLE ET SOCIALE 281
dix-huitième siècle. La Prusse n’eut même pas de chausséesavant 1787. En 1721, un bourgeois de Gmünd voulut serendre à Elwangen. C’était neuf lieues de poste à parcourir.Le lundi matin, après avoir fait dire une messe à cette in-tention, il se met en route avec sa femme et sa domestiquedans une petite voiture couverte de toile et traînée par deuxchevaux. On n’a pas fait une lieue que Je véhicule s’em-bourbe, les voyageurs sont forcés de descendre et, patau-geant dans la boue jusqu’au genou, de pousser à la roue.Au milieu du village de Boebingen, on verse dans un trouà fumier et la femme se relève avec une joue écorchée. DeMoeglingen à Aalen, il faut prendre trois chevaux de ren-fort et l’on met six heures pour arriver au village où l’onpasse la nuit. Le lendemain on repart de bonne heure etl’on parvient sans encombre à Hofen vers midi. Malheu-reusement, à cent pas de ce village, la voiture tombe dans untrou, la domestique a l’épaule démise, le cocher la mainfoulée, tous les trois sortent de là affreusement salis. L’essieuest cassé, un des chevaux complètement fourbu, il fautcoucher une seconde nuit en route, laisser là servante etdomestique, louer une autre voiture avec laquelle on arriveenfin le mercredi soir à Elwangen. D’ordinaire on voyageaità cheval, et l’usage des voitures était réservé aux nobles etau haut clergé. En 1550, les carosses, importés d’Orient enHongrie, commencèrent à s’introduire, mais ces voituresefféminées furent interdites en 1558 par le duo de Brunswickcomme favorisant la paresse et la nonchalance. Les postesfurent organisées en Prusse vers le quatorzième siècle.En 1516, Maximilien I", prince de Tour-et-Taxis les établitde Bruxelles à Vienne. Sa maison resta Ghargée de ladirection générale et du transport des personnes, quoiqued’autres Etats eussent suivi son exemple.
Le besoin impérieux qu’éprouva l’homme dans les temps