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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
çais, madame Aurore Dudevant, plus connue sous le nomde George Sand. Pour ne pas souiller notre plume, nousnous tairons sur les horreurs qui se passaient dans la mai-son ducale de Liegnitz ; glissons aussi sur ce qui regardeune princesse philosophe, Charlotte de Prusse, l’amie dugrand Leibnitz, dont la conduite fit beaucoup rire et quiemprunta aux Juifs l’argent dont elle eut besoin. Les dé-penses de la famille royale s’élevaient à 820,000 thalers etcoûtaient presque autant que toute l’administration civiledu royaume. Cela n’a rien d’étonnant si l’on songe à cequ’on payait les emplois de la cour. L’empereur Léopolddonnait à son gouverneur 6,000 florins par an et 12,000 flo-rins pour sa table; au grand chambellan, 12,000 florins;au grànd maréchal, 3,000; au grand écuyer, 2,000, et 1,000au premier maitre de ses cuisines.
Les princes intelligents gardaient leurs enfants auprèsd’eux et en confiaient l’éducation à de bons professeurs quijoignaient à la science le ton et l’usage du monde. Lesjeunes gens de l’aristocratie terminaient leurs étudesdansl’université la plus voisine et s’y occupaient surtout desquestions religieuses alors fort discutées. Luther et Mé-lanchton eurent souvent des princes pour auditeurs deleurs conférences à Wittemberg, Quelques souverains en-voyaient leurs fils aux cours impériales et royales, maissurtout à la cour de France. Dès 1518 nous y trouvonsplusieurs princes allemands, et depuis lors les jeunes oursde notre aristocratie ont pris l’habitude d’aller s’apprivoi-ser à Paris, d’où ils ont importé les goûts futiles et les jo-lies mœurs que l’on sait. D’autres préférèrent l’Italie oul’Espagne, d’où ils nous rapportèrent les langues et la lit*térature du Midi. Notre pays n’avait pas alors de littéra-ture nationale, les trésors de notre vieille poésie étaienttombés dans l’oubli, le chant des minnessinger avait tourné