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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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250 LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

goût plus sévèrb et une instruction plus solide. Le land-grave Maurice savait le latin et plusieurs langues vivantes etcultivait les sciences avec succès. Ses deux filles, Elisabethet Agnès, parlaient le français dès leur enfance; la pre-mière composa même des madrigaux italiens. Mauricefonda à Marbourg, en 1599, le collège qui portait son nompour que la jeune noblesse y fût convenablement élevée.Cette institution, transférée plus tard à Cassel, devint l’aca-démie chevaleresque de l’Allemagne. On y enseignait, outreles quatre facultés, les langues mortes et les langues vi-vantes, la musique et les préceptes de la chevalerie.

A la cour de Chrétien II de Saxe, on ne connaissait plusque l’orgie ; et on s’y livrait à des festins qui duraient septfleures et n’étaient égayés que par les basses plaisanteriesdes valets et des boutions. 1

Tandis que les cours protestantes se réglaient sur laFrance, les catholiques imitaient Rome ou Madrid. A la |cour impériale, triomphaient l’étiquette et le fanatismeespagnols, si ennemis de l'intelligence et de la liberté, etque devait aggraver bientôt une hypocrite bigoterie. Enfinla paix désastreuse de Westphalie qui termina la guerre deTrente Ans, acheva d’asservir l’Allemagne aux influencesétrangères. Notre noblesse, vendue et domptée, fut sourdeà la voix du poète national Logan qui lui disait : « Si lalangue allemande sait rugir, ronfler, tonner, craquer, ellesait également bien jouer, plaisanter, caresser, rire. » L’aris-tocratie préféra se servir du français qui était en même tempsla langue diplomatique, et lorsqu’elle usait de l’allemand c’é-tait en y mêlant une foule de termes étrangers. « Oh! quevous êtes stupides ! criait en 1650 Moscheroscli à ses com-patriotes, quel est l’animal qui, pour faire plaisir h l’autre,change de langage ? As-tu jamais entendu un chat aboyerpour être agréable au chien ou un chien miauler pomplaire au chat? Et cependant le tempérament de l’Allemandet celui du Français sont comme chien et chat. »