260
LA SOCIETE ET LES MŒURS ALLEMANDES
par la sécheresse et la nudité du luthérianisme, se repor-taient aux croyances plus consolantes du passé. Malheu-reusement dans cette recherche de l’idéal, le cerveau con-serve rarement l’équilibre et s’abandonne à des imaginationsfantastiques et bizarres. L’exemple de ce retour aux rêve-ries nuageuses fut donné par Gaspard de Schwenkfeld(1490-1561) et par Valentin Weigel (1533-1588), dont ladoctrine se transforma en pur mysticisme chez QuirinKuhlman qui fut brûlé vif en Russie (1689). Cependant laphilosophie allemande s’éveillait à son tour; le cordonnierJacques Boehm de Goerlitz (1533-1588) osait, le premiersonder, les problèmes éternels. Dans des écrits bizarres eld’un style dithyrambique, mais animés d’un souffle pan-théiste, il se montrait en union intime avec l’âme univer-selle. Son isolement et son manque de méthode l'em-pôchèrent pourtant de prendre la direction du mouvementscientifique. Cet honneur était réservé à Guillaume Leib-nitz (1646-1716) qui reprit l’enseignement inauguré dans lesautres pays par Bruno, Campanella, Bacon, Descartes, Spi-noza et donna à cette étude la forme précise qu’elle devaitconserver en Allemagne. A force d’activité et grâce à l’uni-versalité de son génie, il renouvela la face de toutes lessciences. Histoire, mathématiques, physique, diplomatie,rien ne lui fut étranger. Il porta partout le tact d’un hommedu monde, sécularisa la philosophie enfermée jusque-làdans le cabinet des savants et eut le bon sens de recom-mander, au lieu du latin, l’usage de la langue nationale.Encouragé par cette généreuse initiative, Chrétien Thoma-sius (1655-1728) alla plus loin encore. Au grand étonnementdes partisans de la routine, il afficha à la planche noire deLeipzig le premier programme scientifique écrit en alle-mand. Ennemi de tout fanatisme, il se plaisait à dire quele joug de bois du pape avait été changé par Luther enjoug de fer. L’impulsion donnée aux sciences par ces deuxhommes fut secondée par un autre élément dont l’influence
àNftMB&ibë&iKi - .**î