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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
diant à Leipsig. D’ordinaire, on choisissait pour recteur leprince régnant ou quelque riche gentilhomme. Les étu-diants qui appartenaient à l’aristocratie avaient des do-mestiques, vivaient grandement et conservaient certainesallures de la chevalerie. Mais après la guerre de Trente Ans,cet usage disparut et on les envoya achever leur éducationà Paris.
Non contents de singer les mœurs de la chevalerie, lesétudiants allemands empruntèrent au moyen âge sa brutalegrossièreté. Quand les habitudes crapuleuses ne. les domi-naient pas trop, il y avait quelque chose de libre et de no-ble qui tend à disparaître de plus en plus depuis que letriomphe de la bureaucratie a étouffé le feu sacré sous l’am-bition de parvenir aux emplois. Alors du moins, l’étudiantpouvait s’ébattre en toute indépendance et les termes deeamarade et de philistin avaient un sens réel. Il se distin-guait d’abord par la fantaisie quelquefois extravagante deson costume. On le voyait se promener avec les cheveuxlongs et la barbe pointue, un chapeau mou à plumes surl’oreille, un large manteau jeté sur sa veste et le bas dupantalon serré dans des bottes à éperon. Il portait fière-ment une longue épée et une immense pipe. En voyage, ils’armait d’un formidable gourdin.
Plus grand encore que de nos jours était le contraste entreles riches et les pauvres. Ceux-ci vivaient de leur bourse etde privations. Une lettre touchante d’un boursier d’Iénanous apprend que ce pauvre diable vécut deux ans avecsoixante florins, quoique tout fût très-cher dans la ville. Lalivré de pain coûtait I gros, la mesure de bière aussi. Unspaire de souliers se payait 5 florins, les bottes 10 florins.Mais pour les étudiants riches, la vie étaifun enchaînementde plaisirs, comme nous l’apprend Y Histoire de Tychander,publiée en 1688. Us vivaient sans Dieu, sans conscience,