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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

Les soldats, pendant la guerre de Trente Ans, croyaient èl’art de se rendre invulnérable, et un général, Wallenstein,passa pour tel jusqu’à ce que ses ennemis eussent prouvéle contraire. Les voleurs et les brigands se flattaient d’en-dormir les propriétaires qu’ils voulaient dépouiller, en allu-mant des bougies de graisse de pendu ou à la faveur d’unemain coupée soit au cadavre d’un criminel, soit sur un en-fant arraché au sein de sa mère. En 1575 on exécuta à Saganun misérable qui avait tué trente femmes pour leur arra-cher le fruit de leurs entrailles et en dévorer le cœur, espé-rant par là se rendre invisible et invulnérable.

De même que les saints empruntaient de Dieu le pouvoird'accomplir des miracles, de même les sorciers tenaient dudiable leur magique influence et faisaient alliance avec luipar le moyen de la magie noire ou nécromancie. Les Actesdes apôtres racontent les maléfices d’un magicien célèbre,Simon, qui fut vaincu par saint Pierre, comme plus tard ledevin Héliodore par saint Léon, et Klingur par le pieuxWolfram. D’ailleurs tous ceux qui se distinguaient du com-mun par leur talent ou qui se livraient à l’étude des sciencescouraient risque de passer pour sorciers, acccusation banalequi atteignait successivement Silvestre II, Dun Scot, Albertle Grand, Roger Bacon, Cardan, Paracelse, et jusqu’aupoète Caldéron. En Allemagne, le représentant le plus illus-tre de la magie fut le docteur Faust, dans lequel Gcetlie, enun drame de poésie superbe, a comme personnifié l’espritallemand du moyen âge. Les premiers éléments de cettelégende se trouvent dans un livre de 1586 où sont rassem-blées toutes les pratiques diaboliques, évocation du roi desenfers, secrets de la magie noire, vente par contrat d’uneâme au diable qui, en échange, accorde les amours et lesvoluptés terrestres, repentir du magicien et sa fin tragique.On y peut lire aussi comment Faust évoqua l’esprit infernaldans une sombre forêt près Wittemberg : « Au-dessus ducercle magique planait un dragon qui hurlait d’une façon