280
LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
Moitié homme moitié bouc, il a la barbe en pointe, les doigtscrochus, les pieds d’un satyre et une queue derrière le dos.
Tous se prosternent devant lui en l’appelant seigneur etmaître et en l’embrassant au bas du dos et au bas du ventre.Dans les grandes occasions les assistants s’accusent à sontribunal d’avoir fréquenté les églises, assisté aux céré-monies du culte ou fait trop peu de mal. Après leur avoirdonné l’absolution, il célèbre la messe et promet à sesouailles un paradis bien supérieur à celui des chrétiens,puis il distribue la cène sous les deux espèces, des hostiesnoires et un vin amer. Ensuite vient une ronde où chacunfait face en dehors, puis commence une orgie infernale, àla fin de laquelle les sorcières reçoivent les caresses d’ungrand bouc noir. Je laisse de côté le reste de la cérémonieque les curieux pourront lire dans les traités spéciaux. Lesabbat commencé à neuf heures se termine à minuit.
Nos théologiens et nos légistes ont écrit de longues dis-sertions sur les accouplements du diable avec les sorcièresque les accusées dénoncent en général comme repoussants.Nous ne les suivrons pas sur ce terrain et nous laissonségalement à d’autres le soin d’expliquer quels étaient lesproduits de ces prétendues unions. Pour tout homme sensé,il est évident que ces embrassements sont le fruit d’imagi-nations en délire. Tous les aveux des sorcières nous le dé-montrent; elles s’accordent sur ce point que l’esprit dumal leur apparaissait d’abord sous la forme d’un beaugentilhomme, d’un chevalier, d’un chasseur ou d’un bour-geois, et qu’il parvenait ainsi à les séduire. Il n’y avaitqu’un juge de sorcellerie qui pût voir là quelque chosed’infernal et ne pas comprendre que toutes ces diableriesétaient le fait de mères vicieuses qui avaient vendu leursfilles à des roués.
Commencée par le supplice de quelques nécromanciens àla fin du quinzième siècle, la persécution alla grandissant