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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA. SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

beauté ou de laideur, trop de sottise ou d’esprit, 1& pau-vreté comme la richesse, la maladie et la santé, les avan-tages corporels et les infirmités, tout enfin devenait matièreà accusation. S’il éclatait une épidémie, si le blé manquait,s'il y avait un orage de grêle, une vache qui donnât dumauvais lait, une poule malade, un crime quelconquec’était la faute aux sorciers. On voyait partout des cas desorcellerie, dans la rencontre d’une femme près d’un cra-paud, dans la bonne ou la mauvaise conduite d’une jeunefille, dans le manque ou l’excès de piété, dans l’alfectiond’un chien ou d’un chat pour leur maître. Enfin les procèseux-mêmes devenaient une mine inépuisable de poursuitessoit contre ceux qui mettaient en doute la culpabilité del’accusé ou l’impartialité du juge, soit contre ceux qui dé-nonçaient les autres avec trop d’empressement.

Lorsque, à la suite d’une dénonciation, un individu a étéarrêté, on lui fait d’abord subir un interrogatoire sommaire,dans lequel on s’efforce de lui soutirer quelque aveu quipuisse le compromettre. Invariablement on lui demandes’il croit à la magie. S’il répond non, il s’est lui-même con-damné à mort. Si sa réponse est affirmative, il n’en est pasmoins retenu en prison. Une pièce authentique que j’aientre les mains nous fait connaître ces prisons. Elles étaienten général dans de solides tours, sous des voûtes épaisses,dans des caves ou des fosses humides, et le prisonnier yétait enchaîné à des barres de bois ou de fer, de manière àne pouvoir remuer ni bras ni jambes. Souvent môme on luiattachait des pierres aux pieds. Quelques-uns de ces cachotssont si étroits et si bas que l’on ne peut ni se coucher nirester debout. D’autres sont de vrais puits de vingt à trentepieds de profondeur. Il y règne une température si froideque les pieds et les mains sont bientôt gelés. Une obscuritéprofonde y entretient l’iDquiêtude et les terreurs. Ajouteza ces tourments le fumier et la vermine, vous comprendrezque les infortunés soumis à un pareil traitement perdent