296
LA SOCIETE ET I.ES MŒURS ALLEMANDES
avaient eu lieu sur des tréteaux élevés en place publique,les meistersaenger construisirent à Nuremberg la premièresalle de spectacle en 1550, exemple bientôt suivi par Augs-bourg et plusieurs autres villes. Au début, rien de plus sinj-pie et de plus primitif : ni rideaux ni décorations, pas delumières, puisqu’on jouait en plein jour; tout le soin por-tait sur les costumes. Les rôles de femmes étaient tenuspar de jeunes garçons. Luther ne se montra pas hostile àla comédie; il pensait sans doute qu’on ne devait pas plusse défendre des scènes de galanterie et d’immoralité qu’onne se prive de lire la Bible. A Vienne, l’instituteurSchmclzle procura aux écoliers qui donnaient des repré-sentations le patronage de la cour. Les jésuites eux-mêmescontribuèrent aux progrès de l’art scénique par les piècesqu’ils donnaient dans leurs fêtes. Prudents et habiles entout, ils tournèrent à leur profit l’attrait que le théâtre apour le peuple et transportèrent le drame espagnol sur lesscènes des écoles d’Allemagne. Ce n’était encore, il est vrai,qu’une récréation amusante, mais viennent de vérita-bles acteurs et le progrès sera plus sensible. Déjà destroupes de comédiens nous arrivent du dehors; Shakes-peare, dit-on, vint avec la sienne des Pays-Bas, jouer dansplusieurs de nos villes. Un chroniqueur westphalien de lafin du -seizième siècle nous dit à ce propos: «Le 26 no-vembre 1599, il nous est arrivé une société d’Anglais, tousjeunes et robustes, dirigés par un homme mûr, qui jouè-rent cinq jours à l’hôtel de ville et donnèrent huit représen-tations dans leur langue. » C’est ainsi que les mœurs duthéâtre anglais pénétrèrent chez nous et que s'introduisitle clown ou farceur devenu bientôt populaire, ainsi que leprouve le personnage d’arlequin qui figure dans les facétiesreprésentées en même temps que les drames sanglants,dans les cours de Saxe, de Brandebourg et de Messc-Casscl.Le gros de la troupe se composait d’étudiants débauchesdes écoles par la guerre et ses désordres, qui fournissaient