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LÀ SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
soi-disant historiques. Ils remplacèrent leurs joyeuses rail-leries par de grands morceaux à effet qu’ils hurlaient plusqu’ils ne les déclamaient, avec des contorsions et des crissouverainement ridicules. On essaya aussi d’introduire lepolichinelle italien sur la scène comique, mais il ne put s’yacclimater et le masque bouffon resta la propriété du bonvieux et grossier paillasse allemand, le Hans Wurst (Jean dela Saucisse), représenté par Joseph Stranisky, créateur dupremier théâtre populaire (1708) qui transmit sa batte àGottfried Prehauser. Ces deux paillasses furent si goûtés àVienne que leur troupe, après mainte transformation, s’yest perpétuée. Ils eurent pour adversaire le copiste destragédies françaises Gottsched, qui, grâce à son alliée, l’excel-lente actrice Caroline Neuber, parvint à faire brûler Pail-lasse en effigie en 1737. Bien que cet au-toda-fé soit assezgrotesque, il indique pourtant une tendance du théâtre al-lemand à s’affranchir de la grossièreté. Il est fâcheux quepour éviter cet inconvénient on soit tombé dans la gallo-manie, jusqu’à ce que Lessing nous ait retiré enfin de cettevoie funeste.
Il n’y eut pas jusqu’au costume qui ne payât tribut austyle rococo. Outre le romain, le turc et le moderne quiétaient employés à la fois, on rafolait du costume françaiset l’on ne voyait partout que perruques poudrées, courtesculottes de velours, souliers à boucles et robes à paniers.Imaginez l’effet que devait produire le sieur Caton d’Utiquedéclamant ses sentences sous cet accoutrement ridicule.
Longtemps la position sociale des acteurs se ressentitdu préjugé qui condamnait leur profession. Un artiste,à force de talent, pouvait se créer une grande popula-rité, mais sa caste et son art étaient méprisés. Comédienset comédiennes personnifiaient, aux yeux du public, lalégèreté, l’impiété, les dettes, les excès de tous genres.Ajoutez à ce discrédit la tendance libertine de la plupartdes pièces qui permettait au zèle théologique de fulminer