DE NEW-YORK A PARIS.
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court, qui affirme que la Maison-Blanche, palais mo-deste du Président, porte malheur à ceux qui y pé-nètrent pour la première fois. «
Il saisit ma pensée dans mes yeux, et tristement :
— Non, je ne suis pas fou. C’est vous qui ne savezrien de ce qui se passe. Apprenez donc que le généralPrim s’est avisé, il y a quatre jours, d’offrir la cou-ronne d’Espagne à un prince Antoine de Hohenzollern,de la famille royale de Prusse; que la France a pro-testé avec la dernière énergie contre ce qu’elle appellela résurrection de l’Empire de Charles-Quint; que lesnotes les plus aigres et les plus hautaines s’échangenten ce moment entre Saint-Cloud et Ems, où se trou-vent le roi et M. de Bismarck,— et que de tout cela ilsortira fatalement la guerre, dans huit jours, demain,tout à l’heure.
— Vous verrez que tout s’arrangera, comme pourle Luxembourg.
— Rien ne s’arrangera, et pour deux raisons. Lapremière, c’est que la Prusse veut nous faire la guerre.Elle s’y prépare indirectement depuis soixante ans, etdirectement depuis quatre ans. Son armée a besoinde se battre comme les locomotives ont besoin derouler, sous peine de devenir du vieux fer. Yoilà lapremière raison. Elle est péremptoire. Et cependantle roi et M. de Bismarck sont tellement sages qu’ilsreculeraient encore, peut-être, s’ils n’avaient pas peurde voir surgir en France un général plus heureux queNiel, qui force la Chambre à voter une réorganisationsérieuse de notre armée, sur le modèle de la leur.