DE NEW-YORK A PARIS.
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au suprême effort. Ilélas! il me faut déchanter.
A peine en chemin de fer, dès les premières stationsde la ligne du Nord, je ne vois autour de moi qu’exci-tation maladive, confusion inexprimable. Les troupiersqui regagnent leurs corps chantent la Marseillaise.Les populations qui leur font escorte se livrent à desmanifestations enfantines. On crie : A Berlin! On segrise de paroles et de vin. Je m’attendais à un autrespectacle. A côté de moi, les gens sérieux, posés,réfléchis, se regardent dans les yeux, pour échangeren ce langage muet les réflexions attristantes qu’ilsn’osent exprimer. Ce n’est pas ainsi que sont partiesen guerre les grandes armées d’antan.qui ont couronnéde tant de victoires nos glorieux drapeaux. Pour meservir d’un terme de troupier : Ça sent mauvais. Jeme raisonne cependant, je songe aux nerfs du peuplefrançais, je me dis que cette surexcitation est peut-être une bonne chose, que cet entrain fera des pro-diges. Et je pousse un soupir de soulagement et deconfiance en sentant sous mes pieds le pavé de Paris,ce bon pavé qui semble vivre sous la semelle de vosbottes, et qui paraît à la fois élastique et sûr.
Je ne suis pas un historien. Ce titre ne convient nià mes allures ni à ma compétence. Je n’ai pas entre-pris de raconter la guerre franco-allemande, ni mêmele siège de Paris. Des impressions fidèles, voilà ceque j’ai promis au lecteur, voilà ce que je m’efforcede lui donner. Je n’ai donc pas à dire pourquoi nicomment le petit succès de Sarrebruck se continuapar l’échec de Wissembourg et par le désastre de