40 JOURNAL D 1 UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
Aussi l’exaspération contre les espions allemandss’éveilla-t-elle dans l’esprit des Parisiens avec la rapi-dité d’une traînée de poudre. Y avait-il des espionsallemands ? Incontestablement. La Prusse entretenaità Paris et en France des gens dont le métier était l’es-pionnage,et je n’apprendrai rien à personne en rappe-lant que l’un d’eux, atteint et convaincu, mourut latôte haute en criant devant le peloton d’exécution :« Pour la patrie ! »
En outre, l’armée allemande fourmillait d’espionsinconscients, ou plutôt de soldats et d’officiers quiconnaissaient notre pays mieux que nous,qui l’avaienthabité, étudié, et qui, rappelés chez eux par les exi-gences du service militaire,se servaient naturellementdes connaissances acquises. Il n’y a peut-être pastrois cents personnes en France qui sauraient se diri-ger à travers Berlin, sans s’égarer. Je mets en faitqu’il y avait dans l’armée allemande deux cent millehommes qui connaissaient Paris aussi bien que nous,pour y avoir séjourné ou vécu. Le Français voyagepeu,et quand il voyage, entravé par son ignorance deslangues étrangères, il ne peut presque rien observer.L’Allemand se déplace volontiers, et, quand il se dé-place, c’est pour apprendre autant que pour vivr\En Allemagne, tout le monde, à partir d’un certainniveau social, recherche comme une bonne fortunela conversation d’un Français. On lui parle, on l’in-terroge, jamais en Allemand, toujours en Français :Comment dites-vous ça ? Il sert de répétiteur incon-scient et gratuit. En France, on considère comme une