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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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6i JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.

gents de ville reculaient, les points gardés étaientabandonnés, et finalement, pôle-môle avec la gardenationale, la foule, qui criait : « La déchéance 1 »et « Vive la République ! » envahissait les tribunes,puis l’hémicycle de la Chambre. Gambetta et JulesFavre commençaient à pérorer. Le général de Palikaoessayait de se faire entendre. Il était repoussé et dis-paraissait dans la bagarre. Sans être votée, la dé-chéance était accomplie. A trois heures, le présidentSchneider, constatant l’impossibilité de délibérer enpaix, déclarait la séance levée.

A ce moment précis, le général Trochu, impatient,fiévreux, surexcité par ces longues heures d’attente,montait à cheval, nous disant: « Allons voir ce qui sepasse là-bas. »

J’étais donc à cheval derrière le gouverneur, lorsque,débouchant par le guichet du Louvre, il commença àtraverser la place du Carrousel. Ce qui me frappa toutd’abord, au milieu de cette foule qui se retournait etse groupait sur notre passage pour acclamer le géné-ral, ce fut de voir, suspendus ou accrochés aux grillesdes Tuileries, un assez grand nombre de ces individusdépenaillés, à tête sinistre, qui surgissent on ne saitd’où, les jours d’émeute, et qui semblent avoir disparuquand les temps sont calmes et la vie nationale ré-gulière. Ils regardaient silencieusement la demeureimpériale, et, vue en masse, cette portion du peupleressemblait assez à une sorte de gigantesque bêtefauve repliée sur ses jarrets, et occupée à fasciner saproie avant de s’élancer sur elle.