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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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66 JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.

semblaient vouloir le conduire à l’Hôtel de Ville, oîiMM. Gambetta, Crémieux et de Kératry étaient déjàparvenus en voiture,et haranguaient le peuple répandusur leurs pas dans les appartements publics et privés.

Le Carrousel était bondé de monde. Lorsque nousapparûmes, les cris de : « Vive la République ! A basl’Empire ! » mêlés à ceux de : « Vive Trochu 1 » éclatè-rent avec une force extraordinaire.

Pendant près de vingt ans, Napoléon III avait in-spiré aux Français en général et aux Parisiens en par-ticulier, le sentiment de son énergie. Il avait vécu dessouvenirs du coup d’État. Et instinctivement le peupledisait de lui : « Celui-là n’est point un pacifique quise sauverait dans un fiacre comme le père Philippe.Il se ferait sauter plutôt que de se rendre. » Aussi,même après les faiblesses de ces dernières années,même après Baudin subi, les obsèques de VictorNoir acceptées, la presse démuselée et Rocbeforttoléré, il faisait encore peur. Et, absent, il pesaitencore sur les faits et gestes de Paris. Les premièresmanifestations insurrectionnelles furent timides, etil était aisé de voir, à l’air un peu indécis de ceux quiles risquaient, qu’ils étaient comme effrayés et em-barrassés de leur propre audace.

Mais à cette heure,alors qu’il était avéré que, depuistrois jours, l’empereur à grandes moustaches étaitprisonnier de guerre, qu’il ne reviendrait pas rendredu courage aux soldats ébranlés et de la vigueur auxsergents de ville décontenancés, la population pari-sienne avait la fougue joyeuse d’une bande de ly-