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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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68 JOURNAL D’UN OFFIC/ER D’ORDONNANCE.

classes les plus diverses, ceux mêmes qu’on eût pucroire, par leurs allures, leurs occupations ou leursintérêts, les plus étrangers à la politique, étaientfanatisés. Les femmes, comme toujours, se faisaientremarquer par leurs manifestations enthousiastes,violentes, hystériques. Elles embrassaient nos che-vaux. Elles embrassaient nos bottes. On eût dit quenous venions d’accomplir le plus glorieux fait d’armes,on eût dit que nous venions de sauver la Patrie. Nousvenions simplement de faire une petite promenaded’un quart d’heure et d’échanger trois phrases avecun vieil avocat.

En rentrant, je jetai un coup d’œil vers les Tuile-ries. Une cinquantaine d’hommes en blouse avaientréussi, je ne sais comment, à pénétrer dans la courdu palais. D’autres venaient les rejoindre, les unspassant par-dessus la grille, d’autres forçant, au pasde course, les barrières du poste, dont les soldatsn’osaient pas faire usage de leurs armes.

Pour ceux qui, comme moi, ont vu la révolutionde 1848 et les jours d’émeute qui la suivirent, il étaitaisé de prévoir que lorsque cette bande encore inof-fensive et simplement curieuse aurait grossi de quel-ques milliers d’hommes et de quelques centaines demégères, c’en serait fait des Tuileries. Un pillage enrègle, ou plutôt un pillage déréglé commencerait, etle trône de Napoléon III irait, comme celui de Louis-Philippe, se briser sur le pavé, en prenant le mêmechemin : les fenêtres.

Et l’Impératrice, que deviendrait-elle dans la ba-