Buch 
Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
Entstehung
Seite
70
JPEG-Download
 

10 JOURNAL d’un OFFICIER D’ORDONNANCE.

1/;S groupes, qu’elle allait partir, qu’elle était partie;et que, dans le cas où elle voudrait quitter le palaisouvertement, au grand jour, je m’offrais à lui servird’escorte et à défendre sa voiture.

Je m’imaginais, je l’avoue, que l’Impératrice, qui,d’ailleurs, n’était point détestée, et dont les malheursfrappaient déjà l’esprit du peuple, même dans l'eni-vrement de sa facile victoire, voudrait partir en reine.Et cette idée n’était point si romanesque, si artistique,car, à côté d’elle, une princesse, sa cousine, une fillede maison royale, la princesse Clotilde, refusa dese diminuer en quittant la capitale de la Franced'une façon moins digne qu’elle n’y était entrée.Elle s’en alla en landau découvert et en équi-page de gala. Le peuple, la voyant, en pleine révo-lution, partir calme, impassible, comme si elle sevendait au Bois de Boulogne, disait en son langagefamilier : « C’est une crâne femme, tout de même 1 »Et tout le monde la saluait, quelques-uns en riant,mais d’un rire qui n’avait rien d’inconvenant, et quiparaissait plutôt la marque d’une approbation fami-lière et bienveillante.

Ce n’était pas à sa naissance, c’était au hasard età la puissance de ses charmes qu’Eugénie de Montijoavait dû de devenir la souveraine de la France; cemariage sans alliances, la guerre d’Italie, la guerredu Mexique et le ministère Ollivier furent, avant laguerre de 1870, les quatre grandes fautes du règnede Napoléon III, et il faut bien avouer que, dans cesgrandes fautes, l’Impératrice joua un rôle presque