96 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANGS.
breton montèrent dans un fiacre. M. de Metter-nich jeta au cocher ces simples mots : « BoulevardIlaussmann. »
Un gamin d’une quinzaine d’années, en blouse eten casquette, qui passait à ce moment, s’écria :
— Tiens, elle est bien bonne, tout de même...C’est l’Impératrice!
Son exclamation, heureusement pour les fugitives,fut couverte par le bruit du fiacre, qui s’était déjà misen mouvement et roulait dans la direction de la ruede Rivoli.
Vers le milieu du boulevard Ilaussmann, les deuxfemmes firent arrêter la voiture, etpendant queM m °Le-breton payait le cocher, l’Impératrice se réfugia uninstant sous une porte cochère. Une autre voiture futprise au passage, et à ce nouveau cocher on donnal’adresse de M. le docteur Evans, avenue Mala-koff.
Ce praticien habitait là un splendide et confortablehôtel. Le docteur Evans n’était pas seulement un spé-cialiste qui avait su acquérir, avec une fortune énorme,une réputation européenne. C’était encore un hommede bien. Il devait, quelques semaines plus tard, lorsquecommencèrent les souffrances et les privations dusiège, établir et entretenir de ses propres deniersl’ambulance américaine. Et ses compatriotes, quiavaient tant dansé aux bals de la cour et dans lessalons de Paris, tant mangé de foie gras et absorbé dochampagne dans toutes nos fêtes, qui nous avaientécoulé tant de misses plus ou moins riches — géné-