98 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
pas moins bouleversé que sa visiteuse, et tout à faitmis hors de lui par le spectacle inattendu d’une tellegrandeur humaine ainsi abaissée, d’une souverainevenant chez lui implorer aide et protection.
Il comprenait d’ailleurs de quelles responsabilitéson lui demandait de se charger. Etranger, simplehôte de la France, il lui répugnait de jouer un rôlepolitique dont on pouvait lui demander un comptesévère, et c’était bien un acte politique que de faci-liter la fuite d’une régente. Mais le souci de sesintérêts personnels traversa seulement son espritsans s’y fixer. Nous sommes ainsi faits. Mis en faced’un péril inattendu, d’un danger inconnu, il nousfaut subir avant tout le réveil inconscient du senti-ment de la conservation personnelle. Tous le ressen-tent. Les hommes ordinaires lui obéissent, les fortsle maîtrisent’; ainsi fit le docteur, qui n’eut plus bien-tôt qu’une idée : se dévouer à l’Impératrice, et sedévouer avec d’autant plus d’empressement qu’ilpouvait y avoir quelques risques à courir.
L’ancienne amie à protéger, la souveraine àdéfendre, la femme accablée sous le poids de sesmalheurs à soutenir, l’épouse séparée de son mari, lamère isolée de son ûls, à consoler et à réunir auxsiens, surexcitèrent à la fois les élans d’une natureréellement chevaleresque.
L’Impératrice était restée debout en adressant sarequête au docteur.
— Je conjure Votre Majesté de s’asseoir et dem'accorder quelques instants pour réfléchir, lui dit-il.