112 JOURNAL D’UN OFFICIER ü’oRDONNANCR.
Fort de cette autorisation, du reste, toute moralej’allai trouver M. Ernest Picard, qui fit le meilleuraccueil à l’officier d’ordonnance du gouverneur.
Petit, gras, à figure joviale, il ne semblait nulle-ment embarrassé, ni surpris de l’encbaînement extra-ordinaire d’événements qui venait d’en faire un mi-nistre des finances.
Notre entretien eut lieu sur le ton de la plaisan-terie. Aussi spirituel que peu trivial, il m’appela soncher ami au bout de deux minutes.
— Voyez, mon cher ami, me dit-il, dans des mo-ments comme ceux-ci, chacun fait ce qu’il croit dcvoiifaire. C’est notre conscience qui est chargée de nousjuger. Allez. Agissez pour le mieux. Nous régleronstout cela plus tard.
Avant déjeuner, M. Pollet me remit l’adresse d’unedes femmes de chambre de l’Impératrice. J’ai oubliéson nom ; je me souviens seulement qu’elle demeuraitrue des Bons-Enfants. J’allai frapper à sa porte et jetrouvai toute une famille en larmes. C’était un inté-rieur de petits bourgeois bien simples. Mais la camé-rière avait une élégance de tournure et de manièresqui contrastait avec son entourage. Les femmes ontce singulier privilège de s’élever facilement, et presquesans transition, au-dessus de la condition sociale oùelles sont nées, dès qu’elles fréquentent un mondesupérieur. Et la demoiselle, qui avait peut-être encoresur le dos une robe de l’Impératrice, ressemblait, aumilieu de sa famille, à un paon qui fait la roue aucentre d’un poulailler, ün était en plein milieu bona-