116 JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
vos officiers d’ordonnance. Voulez-vous que j’emmènotout ce monde-là?
11 s’arrêta net, trouvant probablement que ce quoje lui disais valait mieux que ce qu’il avait à dire.
— Certes, répondit-il. Mais comment?
— Vous allez voir, mon général.
Et je piquai de nouveau une tête au milieu de lafoule, me dirigeant vers le centre où je parvins à join-dre Henri Rochefort, à qui je m’adressai.
— Cette manifestation n’a aucune raison d’ôtro.Elle est même nuisible au point de vue moral, étantcomposée en majeure partie de militaires appartenantà toutes les armes. Voulez-vous m’aider à la dissiperet à faire rentrer tous ces soldats dans le devoir?
— Je ne demande pas mieux, répondit-il.
Dans cette circonstance, comme dans toutes cellesqui par la suite me mirent en rapport avec lui, je n’aijamais eu, je le déclare, qu’à me louer de la bienveil-lance, de la générosité d’esprit et du profond désin-téressement du célèbre pamphlétaire.
Rochefort prit mon bras, j’avisai quatre tamboursmunis de leurs instruments, qui faisaient partie dugroupe massé autour de lui, je leur dis de battreune marche. Et plaçant à notre tête un malheureuxdrapeau tricolore qu’était en train de prostituer unebande de voyous à figures vicieuses, nous nous diri-geâmes vers la porte. Deux personnes nous suivirent,puis quatre, puis dix, puis tout le monde, et l’onpartit de là comme on y était venu, sans savoir pour-quoi. O moutons de Panurge !