Buch 
Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
Entstehung
Seite
126
JPEG-Download
 

126 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.

tastique emballage qui se puisse imaginer. La femmede chambre vidait les armoires, et nous empilionsen bloc dans les caisses toutes ces richesses fémi-nines, qui certainement n’avaient jamais été traitéesavec ce sans-gêne et cette rudesse. Nos quinze caissesétaient combles, et les armoires paraissaient toujoursaussi pleines. Nous nous remîmes en chasse dans lescombles, mais infructueusement. Je n’oublierai ja-mais cette excursion sous les toits de cet immensechâteau, dont j’ignorais les êtres et dont nous étionsen quelque sorte les maîtres, sondant de l’œil, à lalueur vacillante de nos bougeoirs, des espaces dontnous n’apercevions pas les limites et qui nous sem-blaient incommensurables; retrouvant de loin enloin, en passant devant les lucarnes, un rond de cielétoilé, un rayon de lune; retenant malgré nous nosvoix, et écoutant monter dans le silence les grandesrumeurs de la population tout entière dehors, ainsiqu’aux fêtes nationales, bourdonnement énorme queponctuaient de temps en temps des cris de : « Vive laRépublique! » poussés par des gamins, ou des lam-beaux de Marseillaise apportés, par la brise, des car-refours et des quais.

Nous remîmes au lendemain l’expédition de notrepremier envoi, et nous allâmes chercher un reposassurément mérité. Quand je dis : nous allâmes, jevante Joseph, car il dut courir toute la nuit pour seprocurer une voiture de déménagement qu’il con-duirait lui-même, et d’autres caisses encore, si c’étaitpossible. 11 y parvint. Le bruit courait que l’Impéra-