142 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
Empire, l’ami le plus fidèle et le plus sûr, il n’en étaitpas moins un souverain, et, comme tel, était forcé parsa propre situation d’exploiter ceux qui l’entouraient.11 lui vint tout naturellement l’idée de détourner àson profit personnel cette popularité du général, etde conquérir cet adversaire. Les choses, se passenttoujours ainsi. Louis XII a dit qu’il serait indigne d’unroi de France de se souvenir des injures du duc d’Or-léans. Parole admirable! parole royale! mais parolequi a un envers comme toute chose ici-bas; et l’en-vers de l’oubli des injures, c’est l’oubli des servicesrendus. Louis XII aurait dû ajouter : « Il est impos-sible au roi de France de se souvenir des servicesrendus au duc d’Orléans. » Le prétendant sollicite lesdévouements, le roi les oublie. C’est dans l’ordrehumain, ou plutôt c’est dans le désordre humain. Unhomme d’État ayant servi l’Empire, me disait naïve-ment un jour : « Soyez toujours de l’opposition. Plusvous serez à craindre, plus on songera à vous acheter,et c'est malgré vous, à votre corps défendant, quevous serez comblé d'honneurs et de dignités. »
César, qui n’était point un sot, se fit porter à l’em-pire par ses créanciers. Les paya-t-il? Ceci est uneautre affaire.
Eh bien, Napoléon III valait mieux que la moyennedes souverains. Il fut porté au pouvoir par quelquesamis, et il eut ce rare mérite de ne les point oublier.Le plus bel éloge qu’on puisse faire d’un prince est dedire : Il ne fut pas ingrat. Ce n’était pas une raison,pourtant, pour qu’il ne cherchât point parfns dans