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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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144 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.

pereur, complice pour la première fois peut-être de lalâcheté générale,n’osa pas donner le bâton à son géné-ral victorieux.

Ce ne fut que lorsque cette lâcheté à laquelle ilcéda eut préparé la chute de l’Empire,qu’on songea augénéral de Montauban pour lui infliger le portefeuillede la guerre et réparer les torts qu’on avait envers lui.La réparation fut tardive et le dévouement inutile.

Le général Trochu savait donc à quoi s’en tenir, etpouvait apprécier d’avance la somme de reconnais-sance que lui vaudrait son sacrifice. Car c’était bienun sacrifice qu’on lui demandait.

Quitter son commandement, sa belle petite armée,pour aller s’enfermer à Paris avec l’Empereur, lesmobiles et la garde nationale, c’était là une action mili-taire qui le tentait peu. On fit appel non seulement àses sentiments de soldat et de patriote, mais encore àses sentiments de chrétien. On ne lui parla pas d’unedynastie à sauvegarder : on lui parla d’une femme etd’un enfant à protéger.

Après quelques hésitations, — car tout homme,fût-ce un héros, fût-ce un martyr, eût hésité à saplace, — le général accepta.

— Sire, dit-il seulement, j’ai votre promesse.il estconvenu que je vais préparer votre retour, et que jene quitterais pas l’armée sans un motif aussi grave.

Oui, répondit l’Empereur, vous avez ma pro-messe. Sous peu j’irai vous rejoindre. Je ne vousimpose ce sacrifice que parce qu’il me paraît absolu-ment nécessaire.