154 JOURNAL D’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
tressaillir et espérer. Ce jour fut le 13 septembre.J’assistai à la plus belle revue que j’aie vue de mavie.
Toute l’armée, toute la garde mobile, toute la gardenationale, les volontaires, les corps francs, les ma-rins, l’artillerie, le peu qui restait de cavalerie, étaientrangés sur plusieurs files de profondeur, en deuxlignes immenses qui commençaient à la Bastille, sui-vaient les boulevards, la rue Royale, la place de laConcorde, les Champs-Elysées, et se prolongeaient audelà de la barrière de l’Étoile.
Les soldats complètement équipés et armés for-maient les premiers rangs. Derrière eux, étaient ran-gés ceux dont l’uniforme et l’armement étaient en-core incomplets.
Jamais armée plus nombreuse et plus enthousiastene fut mise en présence d’un chef plus populaire etplus acclamé, et encadrée par une population plusenflammée et plus démonstrative.
Les troupes occupaient les deux bords de la chaus-sée. Les trottoirs semblaient pavés de têtes humainesqui s’étageaient ensuite aux fenêtres et débordaientsur les toits. C’était fantastique.
Monté sur un cheval magnifique, le gouverneurmarchait devant un groupe imposant d’officiers géné-raux, suivi d’un escadron d’aides de camp et d’offi-ciers de toutes armes, dont les chevaux n’avaient pointencore souffert des privations qu’ils partagèrent avecles hommes pendant le siège.
Les clairons sonnaient, les tambours battaient, les