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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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156 JOURNAL ü’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.

et ramène l’animal au bout de quarante foulées.

Et il veut recommencer son salut devant le gouver-neur, qui s’était avancé, au pas, de quelques mètres.

En ce moment, les clairons du bataillon placé à ladroite du général Trochu sonnent aux champs, et,rapide comme l’éclair, mais cette fois définitivementemballé, le cheval de l’amiral s’élance au « triplis-sime » galop. Le vieux soldat avait perdu sa casquette,ses pantalons étaient remontés aux mollets ; embar-rassé de son sabre nu et de ses rênes, il s’étaitbonnement accroché à la crinière. Nous le vîmes dis-paraître dans le lointain de la chaussée déserte, pour-suivi par un grand chien qui avait percé les lignes destroupes et aboyait de toutes ses forces derrière lui.

Et Trochu, se tournant vers sa suite, nous dit avecdouceur et sérieux :

— C’est bien dangereux, ce qu’il fait là.

Un peu plus haut, nous le vîmes s’arrêter et saluerprofondément un simple garde national sur la poi-trine duquel brillait la plaque de grand-officier de la-Légion d’honneur. C'était le ministre Duruy.

Lorsque nous rentrâmes au Louvre après cette in-terminable revue, Trochu, que nous complimentions,nous répondit :

— Oui, cela a été très beau. Mais vous ne pouvezvous figurer combien ces masses populaires sont in-consistantes. Nous sommes montés au Capitole, garela Roche Tarpéienne!

Néanmoins je sais qu’il fut profondément impres-sionné, et que s’il ne fut pas grisé, il eut quelques