LE TRENTE ET UN OCTOBRE.
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efforts inutiles, les gouvernants protestent. Ils veulentou qu’on les fasse prisonniers ou qu’on les laissesortir. On leur demande leur démission. Ils la refusent,se déclarant hors d’état de la donner librement. Fina-lement, on les constitue prisonniers et ils se réfugientdans l’embrasure d’une fenêtre. On leur donne àmanger une tranche de cheval et un morceau de pain ;ils s’endorment sur des chaises, derrière trois rangsdes volontaires de Flourens, chargés de les surveiller,à moitié ivres eux-mêmes et dormant debout.
Et la confusion continue. Il y a maintenant deuxou trois gouvernements, cinq ou six comités. Blanquine veut pas de Flourens. Delescluze ne veut pas dePyat. Une partie des gardes nationaux, que leurspropres acclamations ne nourrissent pas suffisam-ment, vont manger.
Et l’Hôtel de Ville dessine dans la nuit noire et hu-mide, devant la grande place grouillante, les rangéesde ses fenêtres illuminées, derrière lesquelles passentet repassent des silhouettes de gardes nationaux.
Dorian parlemente toujours. lia recruté Delescluzequ'offusque la popularité de Flourens, Minière quitrouve que son collègue Flourens fait trop d’embar-ras, et Blanqui, lequel commence à avoir peur.
Cependant Picard, à peine hors de l’Hôtel de Ville,était venu au Louvre, où il avait trouvé le généialSchmitz décidé à exécuter à la lettre les ordres dugouverneur, et à ne pas bouger.
Il s’était rendu à son ministère, et avait pris sur luid’ordonner de battre le rappel de la garde nationale