PARIS.
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M. Devisme, l’armurier, vint avec une carabine etune balle explosible qui devait foudroyer la bête.Castor reçut la balle dans le corps et ne fut nullementfoudroyé. Il se déclara seulement une très fortehémorragie, mais qui pouvait durer longtemps sansamener la mort. L’animal, habitué à des soins conti-nuels, semblait persuadé que sa blessure était due àun accident, et se prêtait avec la plus grande docilité àce qu’exigeaient de lui ses bourreaux.
On lui tira, avec un chassepot, une balle conique àpointe d’acier dans la cervelle. Castor tomba, mais ilfallut une troisième balle pour l’achever.
Pollux résista moins, et fut foudroyé par une balletirée à bout portant derrière l’oreille.
Les éléphants et bien d’autres animaux furentachetés, comme on vient de le voir, par M. Deboos, lepropriétaire de la boucherie anglaise de l’avenueFriedland. Cet établissement était devenu pendant lesiège une sorte d’institution. Il fit un chiffre colossald’affaires, sans chercher à réaliser de grands béné-fices. Il resta jusqu’au bout garni de viandes bizarres,appétissantes, et, bien souvent, en allant aux rem-parts, les gardes nationaux mal nourris protestaientpar leurs cris et leurs huées contre les richessesgastronomiques suspendues à l’étal. Il fallut mêmeque le maire de l’arrondissement, M. Carnot, et sonadjoint, M. Denormandie, prissent des mesures pourassurer la sécurité de cette boucherie.
La viande d’éléphant fut vendue de 50 à 60 francsle kilogramme. Le kilogramme de trompe atteignit