PAHîS.
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n’avez pas seulement été fidèles, vous avez été aussihéroïques, car on a trouvé souvent vos petits corpsgelés et tombés au pied des arbres où vous aviezcherché asile, en ces nuits terribles, où le froid faisaitdescendre le mercure à vingt-cinq degrés au-dessousde zéro.
Mais nous sommes, nous autres, aussi ingrats quevaniteux. La France vous a traités comme elle traiteses grands hommes, ô pigeons voyageurs ! Non seule-ment elle vous a oubliés, mais après le siège combiend’entre vous n’ont-ils pas terminé leur épique carrièreau fond d’une casserole, tandis que vos fils étaientdéshonorés par le transport quotidien des ineptiesversaillaises !
Eh bien, moi, je l’avoue, je suis assez chauvin ouassez bête, comme on voudra, pour n’avoir jamaismangé un pigeon depuis quatorze ans.
Lors donc qu’un ballon partait, il emportait sus-pendus à ses cordages des paniers où se becquetaientde nombreux couples de pigeons voyageurs. Quand leballon échappait aux Allemands, quand les pigeons,par conséquent, n’étaient pas accommodés à la chou-croute et aux saucisses, il les portait au siège dugouvernement, et là on les chargeait de dépêches dela façon suivante :
La queue de ces oiseaux est composée de neufgrandes plumes : sur celle du milieu on fixait un petittube de plume dans lequel était enroulée la dépêcheécrite sur un morceau de papier pelure et infinimentréduite par la photographie.